Des bouteilles de vin vides étalées sur de massives poutres de bois, voilà l’étincelle qui a embrasé la passion incendiaire de Nicolas « Bedondaine » Bourgault pour la bière artisanale. Son intérêt pour tout item arborant une marque de bière s’est graduellement transmis au fourquet sans lequel il ne pourrait concevoir sa vie. Son fourquet, Stéphanie et ses trois filles, voilà sa recette du bonheur.

En 1990, âgé de 16 ans et habitant chez ses pa­rents, Nicolas commence à conserver des bouteilles de bière vides et à les exposer sur le dessus de son étagère. Son père faisait de même au chalet avec ses bouteilles de vin et l’idée lui plaisait.

Tranquillement, son intérêt pour les bouteilles s’est élargi vers d’autres articles; sous-verre, vieille publicité, cabaret de service, panneau émaillé, verre de brasserie, débouche-bouteille, poignée de fût, vieux baril en chêne, caisse de bois, etc.

Sa passion grandissante pour la bière le pousse à lire sur le sujet et à partir à la recherche de toutes informations pouvant lui en apprendre davantage sur ce fabuleux monde et ses origines. Ce n’était plus qu’une question de temps avant que Byggvir réalise son oeuvre…

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?

C’est à cause de Stéphanie, c’est elle qui m’a offert mon premier kit de brassage maison. J’ai rapidement désiré commencer à brasser tout grain, je me suis bien équipé et je passais beaucoup de temps sur les sites Internet de brasseurs amateurs. Avec Jean Gadoua (Farnham) et René Huard (Brasseurs Illimités), on a démarré un concours de brassage, les X de mille afin de goûter ce qui se faisait par d’autres brasseurs.

La première bière que vous avez brassée ?

À la maison, ce fut une Pale Ale en canne, le résultat était correct, mais je n’étais pas trop satisfait du processus. Je voulais vraiment brasser tout grain. J’ai fait peut-être 3 ou 4 autres cannes avant de changer. À l’ouverture de la brasserie, comme j’avais cinq cuves, j’ai fait cinq recettes de mon cahier, dont l’Ensorceleuse. Elles existent toutes encore aujourd’hui.

La bière dont vous êtes le plus fier ?

L’Ensorceleuse, j’ai beaucoup travaillé pour la réussir notamment en raison des épices; ce n’est pas évident de trouver le bon dosage. Évidemment, c’est aussi une bière spéciale pour moi en raison de sa signification. Je suis aussi fier ma Vendredi 13 à la citrouille, j’ai tellement fait de tests avec la citrouille, c’est incroyable !

Votre style de bière préféré ? [À brasser et à boire]

J’adore brasser un Stout le matin avec l’odeur de rôti qui s’y dégage; tu prends une bonne respiration, c’est agréable et ça permet en plus de savoir comment se passe le brassage. J’aime beaucoup aussi brasser de nouvelles recettes en fonction de ce que j’ai envie de boire, donc c’est variable.

À boire, c’est aussi le Stout, d’ailleurs on en a souvent plus d’une sur les pompes. J’apprécie l’équilibre du corps et des arômes, notamment de rôti, j’aime son côté réconfortant, réchauffant, rond et pas trop sucré.

Votre ingrédient préféré ?

Je dirais peut-être le malt Munich, parce qu’il apporte un certain côté malt sucré et de grain à la fois. J’utilise souvent 4 ou 5 % de toasted wheat pour aider à la tenue de mousse. En fait, je me promène beaucoup dans mes grains et mes houblons.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?

J’aime des produits en particulier, mais pas nécessairement des brasseries… Je trouve qu’elles ont pratiquement toutes leurs très bons produits bien équilibrés, quelques produits qui sont bien réussis et d’autres qui sont moins intéressants.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?

En fait, j’ai toujours rêvé de brasser la bière des déesses Valkyries au Valhalla, le paradis des Vikings; ou bien brasser une bière pour un pharaon décédé et qu’on laisserait dans son cercueil. Mais la bière québécoise que j’aurais aimé brasser est probablement la version préliminaire de la Dominus Vobiscum Brut de Charlevoix. Je me rappelle la finesse des bulles et la texture de cette bière, c’était vraiment incroyable !

Vos impressions sur la bière au Québec…

En résumé; belle diversité, trop de diversité. On trouve de bonnes bières bien faites et pas trop exagérées avec des trucs plus flyés. On compte beaucoup de style au Québec, un peu de tout, mais des fois, c’est justement ça le problème, un peu de tout… C’est dommage, j’ai hâte de voir comment ce sera dans cinq ans. Certes, il faut espérer avoir plus de produits stables.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?

Il y a présentement l’agrandissement du brouepub sur lequel on travaille ce qui nous permettra d’exposer un peu plus d’objets et d’améliorer la portion musée. On veut mettre davantage en valeur cette partie de notre projet, notamment avec des ateliers et des expositions thématiques. Côté bière, on veut continuer de créer et de faire ce qu’on fait de bien tout en transmettant nos connaissances et notre passion.

Sur la photo, le brasseur Nicolas Bedondaine Bourgault en compagnie de Stéphanie Lamarche, sa douce moitié et copropriétaire de la brasserie-artisanale.