Dans un article publié sur le site internet de La Libre Belgique, journal belge francophone principalement tourné vers l’actualité généraliste, on pouvait y lire qu’Ab-Inbev, propriétaire de la marque Leffe, allait fort probablement brasser et commercialiser une Leffe IPA. Serions-nous dans le creux de la vague pour cette brasserie belge ?

La mythique brasserie Leffe ne nécessite plus de présentation. Leffe, c’est le symbole depuis des décennies des bières d’abbayes, inspirées par un passé monastique, mais brassées par des intérêts privés et laïques. La Leffe Blonde et la Leffe Brune sont d’ailleurs d’excellentes ambassadrices, sur le plan de l’image, des produits d’inspiration monastique que la Belgique a toujours su offrir. Elles jouissent d’un réseau de distribution énorme à travers le monde, véhiculant cette image de bière d’abbaye typique, le plus souvent sucrée et généreusement alcoolisée. Une image qui colle à la peau de beaucoup de bières belges d’inspiration monastique.

Il y a bien eu quelques stratégies passées du côté de Leffe comme la Leffe Ruby ou la Leffe Royale, mais en règle générale, Ab-Inbev a su garder une image proche de celles de nombreuses autres bières d’abbaye, sans trop diluer sa marque. Je dois même vous avouer que la Leffe Radieuse, brune d’abbaye aux notes rondes et bien alcoolisées a très souvent eu raison de ma soif, sourire garanti.

Mais sortir de la Leffe IPA serait une énorme erreur dans un pays qui souffre déjà d’une crise identitaire au niveau de sa bière. Les bières d’abbaye sont associées aux bières rondes voire liquoreuses, sucrées et soyeuses, avec une touche d’alcool allant de modérée à élevée et comme je le disais plus haut, la bière d’abbaye est associée au nord de la France et principalement à la Belgique.

Quant à l’IPA, elle est le symbole d’une culture brassicole britannique et est le plus souvent associée aux brasseries anglaises, dans le sens large du terme, incluant la nord Amérique. Elles sont houblonnées, moyennement alcoolisées et ont tendance à être plus sèches en finale. Il y a un monde entre une bière d’abbaye et une IPA et ce monde se doit de rester.

Qu’est-ce qu’une IPA irait faire dans un catalogue de bières belges associé à un passé monastique ? À part surfer sur la vague très populaire des IPA, je ne vois pas. D’autant plus que la Belgique n’est pas reconnue pour ses bières fortement houblonnées et que seules quelques brasseries contemporaines s’en sortent très bien.

Qu’Ab-Inbev décide d’ajouter de nouveaux produits dans sa gamme est légitime, la nouveauté fait vendre; et dans un marché très concurrentiel, il faut se démarquer. Mais que le premier groupe brassicole au monde décide de commercialiser une bière d’un style au passé britannique, dans une bouteille rappelant le passé monastique, c’est une grave erreur pour la culture bière en Belgique et un non respect de celle-ci.

Article lié : http://www.lalibre.be/economie/actualite/une-vague-de-nouveaux-produits-chez-ab-inbev-5501d2b23570c8b9529170a9