La MicroBrasserie Charlevoix illustre à merveille l’évolution du monde brassicole québécois au cours des 15 dernières années. Le petit pub de région aux bières artisanales s’est transformé en microbrasserie d’envergure dont les produits sont reconnus partout autour de la planète par les passionnés de bières. Par son implication dans son milieu, ses investissements, sa recherche continue, son audace et son souci du détail, le tout soigneusement équilibré, elle en est arrivée là.

Frédérick Tremblay et Caroline Bandulet se sont rencontrés à Montréal après leurs études. Passionnés de bières, ils se sont rapidement mis à brasser des bières artisanales. Le 3 juillet 1998, à Baie-Saint-Paul, leur projet, la microbrasserie et le Saint-Pub, prend vie.

En 2001, Nicolas Marrant, Français d’origine, débarque au Québec avec l’objectif d’oeuvrer dans l’industrie brassicole. Ses études en France ne cheminant pas assez rapidement à son goût, il compte utiliser son stage en terrain inconnu pour propulser sa carrière de brasseur.

Dès lors, les astres semblent s’aligner pour la future équipe de la microbrasserie. D’une part, Caroline et Frédérick ont bien besoin d’un sérieux coup de main; les affaires roulent et ils n’ont plus le temps de se consacrer à temps plein au brassage de la bière. D’autre part, Nicolas a le faible pour une Québécoise et choisit de s’établir définitivement au Québec.
Ensemble, Nicolas et Frédérick décident de con­solider les forces de la brasserie et font le tri dans les produits qu’elle propose. Ils élaborent en 2003 la gamme Dominus Vobiscum inspirée des traditions brassicoles belges qu’ils apprécient tous deux et choisissent de miser sur celle-ci. Un choix judicieux !

L’année suivante, une soirée particulièrement fes­tive leur inspire un somptueux Milk Stout qui deviendra le premier produit de la gamme Vache Folle, un nom s’inspirant de l’utilisation du lactose dans la confection de la bière et de la crise qui se déroule aux États-Unis. La ESB s’ajoutera plus tard à la gamme; celle-ci rassemble depuis les produits issus des traditions brassicoles anglaises.

Le vent dans les voiles

Dans les années qui suivent, la brasserie connait un tel succès qu’elle ne parvient pas à fournir à la demande grandissante des amateurs et commerces spécialisés. Les produits sont attendus, adulés et parfois même vendus aux enchères par ceux qui réussissent à mettre la main dessus. Un heureux problème qui commence à agacer la brasserie.

En 2008, MicroBrasserie Charlevoix prend un pari audacieux et annonce des travaux d’expansion d’envergure qui font passer sa capacité de brassage annuelle de 500 hectolitres à 5000. Plusieurs amateurs sont sceptiques et se demandent si la brasserie pourra maintenir les standards de qualité pour laquelle elle est reconnue.

À l’ouverture de l’usine, les doutes sont rapidement écartés; l’arrivée de nouveaux produits tels que les Dominus Vobiscum Réserve (Lupulus et Hibernus) et les Vache Folle Double IPA confirment le savoir-faire de la brasserie. Les produits cultes sont finalement plus accessibles au plaisir de tous.

L’ajustement des recettes et l’adaptation aux nouveaux équipements a donné beaucoup de fils à retordre à l’équipe de la microbrasserie, mais l’arrivée de nouveaux éléments, notamment Gérald Bourdaudhui et un peu plus tard sa conjointe, Séraphine Dupont, a permis à la brasserie de croître sans compromettre la qualité de ses produits et de perpétuer sa solide réputation à plus grande échelle.

Des valeurs sûres

MicroBrasserie Charlevoix compte parmi ses biè­res, des grands crus qui peuvent se targuer d’être parmi les meilleures de la planète dans leur catégorie; la Dominus Vobiscum Blanche, la Dominus Vobiscum Double, la Dominus Vobiscum Triple, la Flacatoune et la Lupulus feraient la fierté de n’importe quelle brasserie belge. La Vache Folle Milk Stout, et certaines des Vache Folle Double IPA ont également fait leurs marques.

Le Saint-Pub a lui aussi bénéficié des investissements de l’entreprise. Le pub compte maintenant 9 lignes de fûts et s’est transformé en « laboratoire de brassage » où Séraphine peut s’en donner à cœur joie. Lors de notre passage, un délicieux Barley Wine et une Lager à 2,5 % nous ont très agréablement rassasiés.

Côté cuisine, le Saint-Pub demeure un incontour­nable dans la région avec ses classiques : Steak Signature Saint-Pub à la Vache Folle Stout, Beer-Burger Saint-Pub, légendaire poulet BBQ fumé et Côtes levées Saint-Pub.

Après 15 ans, force est d’admettre que Frédérick et Caroline ont réussi leur pari haut la main. Ils continuent de voyager et de s’imprégner des tendances comme ils l’ont toujours fait, chaque fois revenant avec beaucoup d’idées de nouveaux produits à développer. La recette de leur succès ? Du travail acharné, pas de compromis sur la qualité des produits et la capacité de s’entourer de gens tout aussi compétents et passionnés qu’ils le sont.