Jour 5

C’est un matin qui a commencé avec un jogging laborieux mais nécessaire, le temps de se remettre en marche pour la deuxième moitié du périple. Une fin de parcours qui allait voir le climat changer aussi dramatiquement que sa culture brassicole. Pendant la route enneigée menant à Omaha, une seule chose occupait notre esprit, se perdre dans le bar ‘’prêt à manger’’ du Whole Foods. Une fois le redémarrage physique et mental complété, la chasse était maintenant ouverte et Omaha n’avait nulle part ou se cacher.

Prochain arrêt: Upstream Brewing Co

UpstreamLes environs de cette brasserie au centre-ville ne sont pas déplaisants du tout, avec des bâtisses industrielles converties en commerces ou en lofts. Une certaine ébullition se ressent dans le Old Market, mais la saveur est principalement touristique et familiale. Pendant que je m’approche de la brasserie, je comprends un peu mieux ce que le centre-ville peut m’offrir en terme d’excitation. Upstream est situé dans une grande structure briquetée comme la majorité des édifices environnants. Ça grouille, c’est propre, c’est structuré mais ça manqué de folie. Espérons que les bières ne sont pas aussi sobres. Les styles ne choquent pas mais sortent au moins du carcan des couleurs. La Pilsner Bohémienne, la Dark Saison et l’American Wheat passent totalement inaperçues alors que la ESB et IPA réussissent à me décrocher un début d’émotion. Quelques minutes plus tard, je marche déjà vers la voiture, ma réserve d’émerveillement intacte.

Prochain arrêt: Beertopia et Crescent Moon Alehouse

La sève plutôt bien tirée de Old Market, c’est maintenant le temps de se rendre sur la rue Farnam pour ragaillardir la glacière. Une longue route nous attend le lendemain, mieux vaut étoffer les options pour la chambre d’hôtel. Donc, nous voilà chez Beertopia, une boutique de bière des plus dynamiques. Chaque employé est si affairé à répondre vigoureusement aux questions que c’en est presque du théâtre. Une pièce où mon rôle est celui de la mangouste fouineuse au radar tranchant, fuyant le service à la clientèle obsolète. Une fois mon ratissage préliminaire terminé, je me renseigne un peu plus sur ces inconnus locaux et repart avec une très, voire trop grande quantité de fruits mûrs, encore. Juste à côté se trouve, pour oublier les excès commis, le Crescent Moon Alehouse. Un repère, pour les pratiquants de la soif, qui a tout pour plaire sur papier. C’est que ce bar propose trois salles de dégustation, trois personnalités géographiques. Le Crescent Moon, section principale, propose les saveurs Américaines et locales, le Max & Joe’s s’occupe du volet Belge et finalement la Huber-Haus nous transporte en Allemagne. Excitant, non? Oui, sur papier. Parce qu’à mon passage, le papier s’est transformé en vieux mouchoir, seul le bar principal était ouvert. Impossible de revivre, le temps d’une pinte, mes escapades européennes. Après quelques échantillons de bières locales et des bouchées grasses, c’est le temps de bouger vers le maillon le plus excitant d’Omaha. En préparant le trajet, c’était un des moments que j’anticipais avec le plus d’enthousiasme.

Prochain arrêt: Le quartier Benson

BensonLe soleil commence à perdre de l’altitude, c’est à ce moment que Benson aime prendre son envol. Ce quartier est en pleine expansion culturelle et festive, le meilleur voisinage pour y passer le réveillon de Noel. Les motifs principaux pour manquer Chicago étaient de ne pas rater Toppling Goliath fermé le 24-25, de ne pas se retrouver dans un terrain stérile pour le 24 et de profiter du 25, où tout est fermé, pour dévorer la plus grosse pointe d’asphalte possible. Toppling Goliath réglé, c’est maintenant le moment de se concentrer sur la raison #2.

Krug Park

Je savais depuis deux semaines que j’allais être au Krug Park à cet instant-ci du voyage, ce bar aux teintes hipster mêlant sophistication et simplicité assumées. Quand la place sert de la Bourbon County Brand Stout en fût pour l’occasion, on ne peut que savourer son magnétisme encore peu plus. Mes prévisions étaient plus qu’adéquates, l’ambiance est parfaite, l’endroit nous enrobe, la soif nous dérobe. Après le passage d’une chorale itinérante plutôt attachante, nous saluons nos voisins de table et notre rigolo serveur.

Jake’s Cigars & Spirits

Jake's Cigars & SpiritsJuste en face se trouve une bête assez unique. Un boutique de bière qui abrite à l’arrière un ‘’cigar and whiskey room’’. La boutique en elle-même est un peu bric-à-brac mais j’y déniche quand même quelques perles. Ce qui est surtout intéressant c’est le concept et l’esprit prohibition qui y règne. On ne se doute pas, quand on circule dans la boutique, qu’une dizaine d’épicuriens s’adonnent, presque secrètement, aux agencements de plaisirs.

Beercade

Une fois Krug Park fermé, le Beercade ouvre ses portes, c’est pas un idiot Benson, hein? En tout cas, il a l’intelligence des plaisirs très développée. Beaucoup de monde affluent vers un des seuls, sinon le seul bar maintenant ouvert à Omaha en ce réveillon. On s’adonne donc avec amusement à des jeux d’adresse en sirotant quelques liquides adéquats. Toujours plus facile d’avoir l’esprit joueur avec un verre de Deschutes The Abyss dans la main. Après consultation, on décide finalement de ne pas dormir à Omaha. Le temps de réserver l’hôtel et de dégriser doucement, le moment est venu de reprendre la route vers Lincoln.

Jour 6

La matinée du 25 est paisible et satisfaisante, la nuit a été bonne et le déjeuner grandiose. En jetant un coup d’oeil aux prévisions météorologiques, on constate que la tempête qui devait s’abattre sur le Midwest Américain n’aura pas lieu, ou du moins, n’aura pas l’intensité anticipée au départ. Belle nouvelle parce que cette journée est dédiée à la route, au moins 7 heures sans interruption majeure avant d’atteindre Denver. Après 2 heures à progresser dans les plaines du Nebraska, le climat change brutalement pendant un arrêt de ravitaillement soudainement venteux et apocalyptique. La météo n’est pas une science exacte, la Ph.D. assise à côté de moi me le confirme. La tempête est bel et bien arrivée et elle est en colère. Les cinq prochaines heures se transforment alors en dix et les voitures encastrés sur les bords de route augmentent exponentiellement. Je me sens comme une souche de brett qui a une montagne de sucres complexes devant elle, la tâche est impressionnante mais l’issue inévitable, on doit passer au travers aujourd’hui. Malgré un véhicule rempli au maximum qui devrait tenir la route, sa charpente fait en sorte que les vents s’y agrippent, nous sommes véritablement dans un bordel imprévisible. Je soupçonne que les routes seront fermées tout juste après notre passage comme c’est souvent le cas dans le Colorado. Joyeux Noël, chérie. Toute laborieuse chose a une fin et la ville apparait devant nous, ensevelie. Trente minutes plus tard, nous sommes alors dans la chambre, à bout de ressources, plutôt satisfaits du contenu de la glacière et assoiffés de fébrilité. Tout ça n’est qu’un mauvais souvenir maintenant. Cette chambre le sera pour deux nuits avec Denver à nous seuls pour débuter la deuxième partie de la migration. À ce moment-là, je ne sais pas encore à quel point je vais apprécier mon prochain arrêt mais lui le sait probablement, je ne serai pas sa première ni sa dernière victime.