Bières de …Noël ?

C’est bien connu : les bières de Noël, foncées, riches et fortement épicées, sont une tradition médiévale, un cadeau de Noël fait par le brasseur à ses clients.

Ouais… mais non.

Ce n’est pas tout à fait aussi simple. Les bières de Noël sont une réalité bien plus diverse… et beaucoup ne sont pas même des bières de Noël, mais plutôt de Nouvel An.
Tout d’abord, une bière de Noël n’est pas forcément un pain d’épices liquide. Il est évident que, de nos jours, la plupart des bières de Noël correspondent à cette ligne, largement définie par les traditions brassicoles belges et du nord de la France.

Un autre bastion des bières de Noël est le Danemark, où le lancement annuel des « Juleøl » au début de novembre est largement couvert par les médias. Mais les Juleøl danoises, contrairement à leurs soeurs belges, sont généralement des bières de fermentation basse, mais elles aussi sont généralement foncées, riches et épicées.

Mais de manière prévisible, d’autres traditions brassicoles s’interdisent l’usage d’épices. L’Allema­gne est l’exemple évident, avec ses brasseurs attachés à un certain idéal de pureté (dont il a déjà été question ici il y a quelques mois) qui les restreint moralement à l’emploi des seuls malts, eau, houblons et levures. Du coup, une Weihnachtsbier allemande est généralement simplement une Lager blonde ou ambrée plus forte que la moyenne, aux alentours de 5 ou 5,5 % d’alcool.

C’est aussi plus ou moins le profil de la pils belge Stella Artois, qui a été crée en 1926 comme bière de Noël, sa seule distinction étant qu’elle était plus forte que la pils courante de la même brasserie. Un cas isolé en Belgique ?

Quant au Danemark, il a vu apparaître, par réac­tion contre une trop grande uniformité depuis quel­q­ues années, des IPA de Noël – par exemple celle de Beer Here – ou des Juleøl non épicées, additionnées de fruits comme le cassis, ou relevées d’herbes sauvages. Sans oublier les Nisseøl, « bières de lutin » foncées à base de blé, qui se sont fait une place en marge des traditions festives. Autant d’innovations qui amènent une diversité bienvenue… et d’autant plus de possibilités d’accords à table.

La notion de cadeau de Noël

Les cadeaux de Noël remontent en fait au XIXe Siè­cle, au même titre que le sapin de Noël ou le Père Noël, dans une tradition venue d’Allemagne, agglomérant la Saint Nicolas (6 décembre) et Noël. De plus, l’Espagne, par exemple, réserve encore souvent les cadeaux pour l’Epiphanie, ou Fête des Rois (6 janvier).

Dans le monde francophone, avant d’être asso­ciés à Noël, ces cadeaux s’appelaient étrennes, et étaient donnés au Nouvel An. Quelques bières belges, par exemple, comme la Cuvée de l’An Neuf de la brasserie Caracole – une bière brune forte et épicée – ou la Avec les Bons Voeux de la Brasserie Dupont – blonde, quant à elle, et modérément épicée – perpé­tuent cette tradition des étren­nes du Nouvel An, plutôt que de s’in­tituler bières de Noël. En Ardè­che, dans le sud-est de la France, on rencontrera autour des fêtes L’An Que Ven (« l’an qui vient ») de la microbrasserie l’Agrivoise, qui s’appuie sur la même tradition.

Et pour tout simplifier, au cours des siècles, et en fonction des pays, le début de l’année a changé de date : tantôt au 1er avril, au 25 mars ou au 1er mars… Donc les étrennes ont été données à des dates variables au cours des siècles, nous laissant au passage une autre tradition: le poisson d’avril !

Bref, la perception de Noël que nous avons de nos jours en Occident nous semble venue des fonds des âges, mais ne l’est pas tant que ça… mais que cela ne nous empêche pas d’apprécier ces spécialités de saison, qu’elles soient de Noël ou de Nouvel- An, brunes, ou blondes, épicées ou non. Santé !