Habile de ses mains et appréciant le travail d’atelier, Benoît Grisé a d’abord découvert dans le métier de brasseur un univers s’apparentant à son premier métier, celui de débosseleur. Tranquillement, un monde de saveurs s’est ouvert à lui alors qu’il perfectionne ses façons de faire tout en s’investissant davantage dans l’aventure développée par son frère quelques années auparavant.

Bien installé en Montérégie, Benoît était un peu lassé de son emploi de débosseleur et surtout de la clientèle maussade auquel il était confronté cha­que jour. Personne n’aime payer pour faire réparer son véhicule et à la longue, l’humeur des clients joue sur l’atmosphère de travail. À la brasserie de son frère, il découvre petit à petit un nouveau métier et la passion pour la bière qui habite l’endroit devient contagieuse.

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?

J’étais à un point où j’avais besoin de nouveaux défis. Heureusement, mon frère cherchait un hel­per pour Nicolas Bourgault, c’est lui qui m’a initié au brassage de la bière. Il m’a fait découvrir les goûts et les arômes à toutes les étapes du pro­cessus. Je me suis familiarisé avec les différents styles et leurs caractéristiques. Par la suite, j’ai fait des formations avec Michel Gauthier et je me suis beauc­oup impliqué dans la transformation de no­tre salle de brassage. J’ai adoré organiser le tout de façon optimale.

La première bière que vous avez brassée ?

C’est la Métayer Rousse et je commençais tout juste à découvrir les différents grains et les processus de brassage. Par la suite, j’ai brassé la Hefeweizen qui m’a surpris avec ses effluves de banane. Finalement, je me souviens de la Métayer Brune avec laquelle j’ai découvert l’apport des différents houblons.

La bière dont vous êtes le plus fier ?

C’est définitivement notre bière de glace, La Félix. Elle s’appelait initialement la Solstice, mais com­me Dieu du Ciel! en avait une avec un nom similaire, on a cherché à le changer. J’en suis fier, car il a fallu jouer avec la nature, notamment les températures extérieures, pour en arriver au résultat souhaité. On doit choisir le moment où la température est idéale pour soutirer la bière. Comme je l’avais soutiré la veille de la naissance de mon fils, je l’ai baptisé Félix en son honneur.

Votre style de bière préféré ?  [À brasser et à boire]

À boire, je dirais les American Pale Ale (APA) en raison de leur côté houblonné et la facilité avec laquelle on peut les boire. Les IPA également.

À brasser, je dirais également les APA. On peut jouer avec les grains caramel et c’est simple à brasser; ça se brasse sans trop se casser la tête, c’est agréable. J’aime également les défis et les bières plus risquées comme la bière de glace et les fûts de chêne, mais quelques fois, c’est bien de pouvoir brasser l’esprit tranquille.

Votre ingrédient préféré ?

Les houblons. Je trouve ça fascinant de voir tou­tes les variétés qu’on peut utiliser et les multiples façons de les exploiter pour faire ressortir leurs caractéristiques et leurs touches particulières. J’ai­me les malts également pour les mêmes raisons, ainsi que les différences que l’on retrouve chez les divers fournisseurs.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?

Hopfenstark pour l’originalité de ses produits qui se démarquent et sa façon de travailler. J’aime aussi l’audace du Trou du Diable et de son équipe. Trois Mousquetaires également pour son image et ses produits d’exception. Il y a plusieurs micros que j’aime bien pour diverses raisons.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?

La Moralité de Dieu du Ciel! ou la Yakima du Castor. Leur côté houblonné est impressionnant et l’équilibre de ces produits est incroyable. On ne se tanne pas de les boire. J’aurais également aimé brasser des bières surettes, je trouve ça très intéressant.

Vos impressions sur la bière au Québec…

On est en pleine expansion et on n’a rien à envier aux autres. Certains envient d’ailleurs probablement le fait que l’on n’est pas prisonnier de traditions quelconques. On s’inspire du meilleur de ce qui se fait sur la planète, tant les influences américaines qu’européennes. Je crois qu’on est maintenant devenu un incontournable pour la bière.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?

La Félix, notre bière de glace qui sortira très pro­chainement et pour la première fois, elle fut vieillie en fûts de chêne. Ça bonifie vraiment le produit. D’ailleurs, c’est à ça que les gens peuvent s’attendre, on veut améliorer nos produits et nos façons de faire. Il y aura peut-être quelques produits temporaires ici et là comme la Billy Bishop. Pour souligner nos 25 ans, on organisera un événement, mais on sortira également un Barley Wine américain en bouteille sérigraphiée vers le début février.