Le Bilboquet, à la veille de ses vingt-cinq ans

En février 2015, Le Bilboquet fêtera ses vingt-cinq années d’existence sur la rue des Cascades à Saint-Hyacinthe à servir des bières de dégustation, artisanales ou importées. Si pour n’importe quelle brasserie artisanale au Québec cela s’avère notoire, imaginez pour un établissement situé en région, loin des grands bassins de population. Il fallut inévitablement de la passion, de la vision et du travail acharné.

François Grisé se rappelle encore du temps où il en prenait une journée pour aller chercher avec la fourgon­nette de sa mère, et un chèque certifié, du grain deux rangs de Canada Maltage à Ville LaSalle. Que dire des houblons qui lui étaient livrés de Calgary par UPS…

Il se souvient également de la rencontre de l’Association des brasseurs artisans du Québec en 1998, où la totalité des membres était réunie — ils étaient huit — pour discuter de leur principale revendication, le droit de vendre de la bière sur place pour emporter. Comme quoi bien des choses ont changé dans l’industrie depuis le temps, mais certains combats demeurent les mêmes 17 ans plus tard…

La petite histoire du Bilboquet

Fondé en 1990 par Luc Demers et Brigitte Favreau, Le Bilboquet a d’abord été un bistro de quartier avant- gardiste qui n’offrait que des bières de microbras­series québécoises et des produits importés. Choix audacieux à l’époque, ça ne l’était pas encore assez pour les propriétaires qui dès 1993 ont désiré commencer à produire leurs propres bières.

Ainsi, à compter de février 1994, munie de son permis de brassage AB-006, le sixième permis de brasseur artisan à être délivré au Québec, la brasserie propose ses trois produits réguliers, la Métayer Blonde, la Métayer Rousse et la Métayer Brune.

La bière artisanale à tout prix

En 1996, les propriétaires du Bilboquet sont décidés à vendre et reçoivent une offre d’achat intéressante, mais l’acheteur potentiel prévoit remplacer la minuscule salle de brassage par une table de billard, ce qui les agace quelque peu.
Heureusement, François Grisé, un client du « Bil » dans la vingtaine leur présente sa propre offre d’achat proposant 1 $ de plus que l’offre déjà sur la table. Il s’engage toutefois à conserver la salle de brassage et la vocation de la brasserie. « Je n’avais aucune idée dans quoi je m’embarquais », admet-il aujourd’hui.

M. Demers demeure à la brasserie encore quelques mois le temps de former le jeune propriétaire. En 1998, François Grisé qui cumulait jusqu’alors deux emplois choisit de miser à part entière sur Le Bilboquet. Cette même année, le « Bil » subit son premier agrandissement.

Dans celles qui suivront, de jeunes brasseurs se succéderont aux cuves de la brasserie, notamment Jean-Sébastien Bernier (À l’abri de la tempête), Jan-Philippe Barbeau (Loup Rouge) et Nicolas Bourgault (Bedondaine) qui y feront leurs classes avant de démarrer leurs projets respectifs.

Ainsi, au fil des années 90 et 2000, le Bilboquet devient une véritable institution en permettant à sa clientèle de se familiariser avec de nouveaux styles de bières artisanales tout en formant une relève de brasseurs au Québec.

Histoire de famille

En 2003, le « Bil » se transforme en entreprise familiale alors que Benoît Grisé, frère de François, devient le brasseur de la place et apporte un nouveau souffle à l’aventure. Il achète des parts dans la brasserie et dans les années à suivre les deux frères poursuivent les agrandissements, notamment en 2006, où la salle de brassage est complètement transformée. Devenu microbrasserie, le « Bil » lance ses premières bouteilles vers 2008.

Depuis, les produits se succèdent sur les pompes ainsi que sur les tablettes des ma­gasins spécialisés. Après un autre agrandissement en 2013, la brasserie compte maintenant miser sur l’amélioration de son efficacité. Après tout ce temps, elle commence à peine à suffire à la demande. N’ayant plus de place pour grossir, elle cherche maintenant à optimiser et peaufiner tous ses processus opérationnels.

L’établissement compte aujourd’hui 204 places intérieu­res et une terrasse de 70 places. Les murs de briques rouges et les espaces aménagés de diverses façons confèrent à l’endroit un cachet unique et authentique. Banquettes, tables de billard, poêle à bois, fauteuils confortables, projecteurs, écran géant, tout le monde y trouve son compte, notamment les premiers clients de l’institution qui continuent à y venir, cette fois accompagnés de leurs enfants.