Rencontrer et discuter avec Fred Laing est certainement l’un de mes meilleurs moments de la Grande Dégustation 2014. Sympathique, souriant et généreux, le directeur et maître-assembleur de la firme écossaise Douglas Laing & Co. Ltd. est d’une désarmante accessibilité.

Initialement fondée par son père Fred Douglas Laing en 1948, la firme de Glasgow possède une excellente réputation en tant qu’embouteilleur indépendant et, plus récemment, en tant qu’assembleur. Si la société a subie plusieurs modifications dans les derniers 18 mois, la qualité de ses produits n’en a pas  souffert, bien au contraire.

Si les frères Fred et Stewart Laing ont décidés de se séparer commercialement en 2013, Fred m’explique que c’est simplement pour assurer un avenir plus stable et prometteur pour la prochaine génération.

« Il fallait que nous pension à la prochaine génération. »

En effet, le whisky coule dans les veines des Laing, et les enfants des 2 frères étant aussi impliqués dans l’industrie, mais séparément, la dé-fusion des actifs de la société est une façon pour eux d’assurer leurs successions.  Mais en étant encore en mesure de mettre à profit leurs expérience, connaissances et réputations au succès de celles-ci.

Fred Laing devient donc en mai 2013 le seul directeur de Douglas Laing, et sa fille Cara se joint désormais à lui et sera à la tête du marketing de la marque. Cependant, Fred demeure un incontournable ambassadeur non seulement de la marque mais aussi du scotch whisky en général. Et il n’est pas du genre à s’assoir sur ses lauriers, et encore moins derrière un bureau: il est toujours le maître-assembleur de la maison. Et, à ce titre, il continue à développer de nouveaux produits:

« J’étais bien triste de devoir me départir de la gamme Old Malt Cask que j’avais créée, mais surtout de perdre certains des magnifiques barils que nous avions été en mesure de réserver dans les différentes distilleries. Mais de créer de nouveaux produits, ça j’aime ça! »

Car Old Malt Cask est dorénavant la propriété de Hunter Laing, la compagnie fondée par son Stewart. Douglas Laing continue toujours d’offrir des single malts d’exception sous la nouvelle bannière Old Particular. Celle-ci venant tout simplement s’ajouter à Provenance et Director’s Cut. Old Particular propose des single malts particulièrement recherchés et les offre en embouteillages provenant d’un seul fût (single cask), qui ne sont pas filtrés à froid et ne contenant aucun colorant.

« On se retrouve parfois avec des fûts d’exceptions suite à des échanges avec des distilleries. Celles-ci savent très bien à qui appartient les différents barils qu’elles conservent pour les embouteilleurs indépendants comme nous. Mais surtout ce qu’ils contiennent. Avec la demande croissante pour les single malts, il arrive que les distilleries aient besoin de combler certains manques avec ces barils. Elles nous appellent alors pour nous offrir d’échanger quelques barils contenant des whiskys plus jeunes contre d’autres plus vieux. »

Et il semble que c’est qui est arrivé entre autres pour le The Glenlivet 18 ans. Fred a ainsi pu mettre la main sur un vieux fût de sherry contenant du Glenlivet qu’il a échangé contre peut-être 5-6 contenant un bien plus jeune liquide. Pour l’amateur, cela permet de découvrir une autre facette de ses grandes distilleries, une où le malt et le bois sont libres de démontrer plus efficacement comment l’un influence l’autre.

« Tu sais, je ne goute même pas aux produits officiels des distilleries. Je n’ai pas besoin, car de toute façon, je veux offrir une expérience différente. C’est mieux comme cela. »

Scallywag_real_picture_in_frame_for_websiteAutre coup dont Fred Laing n’est pas peu fier, ce sont ses 2 nouveaux blended malt whiskys: Scallywag et Timorous Beastie. Fort du succès de Big Peat, un « vatted » malt qu’il a créé et qui offre un mariage de malts provenant uniquement d’Islay, il continue sa tournée des régions. Scallywag, nommé pour honorer la mémoire de son défunt chien, propose des malts issus uniquement du Speyside.

« Si mon Fox Terrier, malheureusement décédé l’an passé, était le plus doux des chiens, il avait un petit côté coquin. Et c’est ce que j’ai décidé de mettre de l’avant avec ce blended malt. »

Et comme pour Big Peat, il n’hésite pas à donner l’origine de plusieurs des malts qui le composent: Mortlach, Macallan and Glenrothes. La plupart des whiskys ayant séjournés en fûts de xérès. On s’attend donc à quelque chose avec beaucoup de chair mais avec une finesse aussi. Et c’est le cas: on se retrouve avec un whisky offrant des épices et du fruits mûrs ou secs, mais avec une pointe vanillée réconfortante.

Si les whiskys présents sont plutôt jeune, le produit fini ne démontre pas les défauts habituellement liés aux jeunes whiskys. Fred explique:

« Très gentil de ta part de me dire cela. Ici, on a eu de la chance et un peu de flair. En utilisant principalement des fûts de premiers remplissages, on a affaire à un whisky fruité, riche, épicé. Mais je te promet que dans le prochain lot de cet assemblage, on va aller justement chercher de plus vieux whiskys afin de donner encore davantage de présence et d’élégance au vatting« 

Car c’est aussi comme cela que ce sympathique personnage veut se faire une réputation: toujours en offrir davantage à l’amateur. Plus d’informations (le nom des distilleries, le type de barriques), plus de whisky (46% d’alcool par volume et plus), plus de goût (whiskys non filtré à froid) et plus de transparence (pas de colorant). Et je l’en remercie. Ce produit devrait arriver à la SAQ sous peu (12470624).

Timorous Beastie de Douglas LaingTimorous Beastie, quant à lui, est nommé d’après le poème « To a mouse » du barde national d’Écosse, Robert Burns, et est constitué de malts provenant des Highlands d’Écosse, tels Glen Garioch, Dalmore et Glengoyne. Plus doux encore avec des notes de céréales et de miel. Si Fred s’en est gentiment offusqué, essayez tout de même ce malt frappé: il en découle des arômes de tartes aux pommes, de la croute au fruit, forts attrayant. On espère voir ce produit sur les tablettes de la SAQ en 2015.

Les 3 sont offerts sans mention d’âge. On en profite donc pour discuter de cette nouvelle tendance lourde dans l’industrie:

« Big Peat a été très bien accueilli par les gens. Ceux-ci ont été en mesure de se rendre compte par eux-mêmes que le produit était de qualité et que l’absence de mention d’âge n’était pas synonyme de qualité inférieure. Tellement, que Scallywag s’est vendu autant en une seule année que Big Peat depuis son introduction. Certainement, parce qu’il est plus facile d’approche que ce dernier. Mais sans celui-ci on est convaincu que les gens n’auraient pas été aussi enclin à faire confiance à un spiritueux sans mention d’âge comme ils l’ont fait pour le Scallywag. »

En attendant, plusieurs des produits Old Particular sont d’ores et déjà en vente dans les 2 boutiques Signature de la société d’état.

Le mot de la fin revient à Fred Laing:

« Je crois que c’est Charlie MacLean qui me l’a dit en premier, mais le whisky est un spiritueux grégaire. Dès qu’on sert du whisky, les gens se rassemblent, en discutent, s’en servent d’excuses pour parler de choses et d’autres et de tisser des liens. »

Les produits de Douglas Laing et de Hunter Laing sont représentés par Bella Vita Grands Crus.