Ingrédients
Bootlegger 350

Abricot, chocolat, vin blanc, betteraves, sucre candi, sirop d’érable, framboise, pamplemousse, fraise, cerise, orange, coriandre, poivre, fleur de sel, beurre d’arachides, café, vanille, cannelle, muscade, cardamome, bleuet, anis, miel, date, figue, piment — et j’en passe — sont des ingrédients dont mon bon ami allemand et amateur de bière regarde avec dégoût. Pour lui, je ne suis qu’une espèce de malade mental qui ne peut brasser de façon noble et normale.

Comme l’écrivait récemment Laurent Mousson dans un article sur la Reinheitsgebot, les ingrédients ci-haut n’auraient pu se retrouver dans une bière allemande à une certaine époque, et encore moins aujourd’hui. Cette loi de la pureté allemande sur le brassage obligeait les brasseurs à n’utiliser que de l’orge, du blé, de l’eau, du houblon et de la levure.

Certains diront que c’est très restrictif comme loi et je pense qu’aujourd’hui, en effet, ça l’est. Mais à cette époque, c’était une bonne chose. Cette loi avait pour but de protéger le consommateur et de s’assurer de la qualité du produit. Elle servait aussi à protéger et à mieux contrôler le marché brassicole allemand.

Bien des brasseurs allemands ont dû se creuser le ciboulot afin de faire des bières originales. Vous n’avez qu’à penser aux Rauchbiers, ces bières fumées, ou encore aux Berliner Weisse, ces bières sures. Il y a aussi les Steinbiers qui sont produites grâce à l’ajout de pierres dans le moût lorsque celles-ci sont presque en fusion. À l’époque, se démarquer des autres brasseries n’était pas chose facile…

De leur côté, les voisins belges, eux, n’avaient presque pas de limites, sinon le souci de la qualité de leurs produits.

Le plaisir d’expérimenter

Vous savez en tant que brasseurs, j’ai beaucoup expérimenté. J’ai fait des bières qui se sont avérées des désastres et d’autres dont je suis très fier. J’ai d’ailleurs déjà goûté à tous les ingrédients ci-haut dans une bière, pas tous en même temps bien sûr ! Je dois dire que c’est vraiment intéressant.

Si vous voulez rigoler, imaginez un brassin avec du chocolat Nestlé Quick ou encore avec du Eagle Brandt. C’était plus fort que moi… Bien que ce ne fût pas un grand succès, je devais l’essayer et je suis content de l’avoir fait. J’ai aussi eu la chance de goûter un brassin de Stout aux huîtres. Celui-là était simplement divin ! Et oui, pas en accompagnement les huîtres, directement dans la marmite !

Je peux également vous dire qu’après avoir côtoyé bien des brasseurs, dont plusieurs qui bras­sent aujourd’hui de façon professionnelle, il se brasse des trucs fantastiques au Québec et nous pouvons être fiers des produits que nous con­coctent nos alchimistes du brassage.

Le Québec brassicole

Si je vous raconte tout cela, c’est pour vous dire à quel point nous sommes chanceux dans notre belle province de ne pas être soumis à une loi telle que la Reinheitsgebot. Si la plupart des Allemands brassent à l’allemande, les Britanniques à l’anglaise, les Tchèques à basse fermentation et les Belges encore à la belge traditionnelle, nous, au Québec, nous produisons des bières de qualités de toutes origines confondues en plus d’oser marier des saveurs de façon audacieuse.

En tant que goûteur, osez goûter la bière qui vous semble la plus étrange; en tant que brasseur, osez brasser ce qui vous passe par la tête et faites goûter vos produits. S’il y a 15 ans on m’avait dit que je boirais de la bière fumée, épicée, à la fraise, aux pamplemousses, à la menthe ou aux carottes, je vous aurais traités de fous. Maintenant, c’est à votre tour de me traiter de fou…

Chapeau et merci à tous nos brasseurs du Québec qui repoussent continuellement les limi­tes de l’imagination et qui le font si bien. Vive la Reinheitsgebot ! Mais pas dans ma cour… Santé !

 

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