Je fais partie des chanceux qui ont pu mettre la main sur des billets pour le Vermont Brewers Festival, qui avait lieu les 18 et 19 juillet derniers, à Burlington. Je dis chanceux, car tous les billets disponibles pour cette édition se sont écoulés en une quinzaine de minutes lors de leur mise en vente le 15 mai dernier. Vous aurez compris qu’il s’agit d’un festival fort attendu des amateurs de bière du Vermont, mais aussi du Québec, ou d’ailleurs aux États-Unis et au Canada. Pourquoi? Parce que c’est l’occasion de rencontrer tous les petits et grands joueurs de la scène brassicole Vermontoise et celles des états avoisinants; régions où la craft beer est en pleine explosion, non seulement en nombre de brasseries, mais aussi – et surtout – en qualité de produits. Et, parce que sis aux abords du Lac Champlain, le site est plus qu’accueillant!

Une formule gagnante

Dans tout festival de bière, il est malheureusement presqu’ inévitable d’y avoir des incidents ou débordements découlant de la consommation excessive d’alcool. L’engouement envers certaines bières rares et limitées peut aussi entraîner certaines gens à oublier les valeurs de respect, voire même, à devenir agressifs.

Pour éviter la consommation excessive, et aussi pour éviter que les bières limitées se fassent dévaliser dans les premières heures du festival, au grand dam des gens qui y viennent un peu plus tard, le VBF a trouvé une formule gagnante:

Un billet pour le VBF vous donne l’accès à une session de dégustation d’une durée de 4 heures ainsi qu’à 15 billets de dégustation (3oz à moins de 8% = 1 billet, 3oz à plus de 8% = 2 billets). Il n’est pas possible d’assister à plus d’une session, et il n’est possible que d’acheter 5 billets supplémentaires. De plus, les brasseries offrent la même quantité de chaque bière pour chaque session de dégustation. De cette façon, la consommation d’alcool est très bien contrôlée, et c’est amplement assez pour faire le tour des bières que vous voulez essayer. D’autant plus si vous êtes accompagné de bons amis généreux de leurs gorgées. J’ai personnellement pu goûter à un nombre presque honteux de bières de cette façon.

Les grands noms

Parmis les brasseries les plus attendues au festival, on retrouvait, évidemment, Hill Farmstead, The Alchemist et Lawson’s Finest Liquids. Ces trois grands noms de la scène vermontoise étaient facilement repérables sur le site. Vous n’aviez qu’à suivre les longues files d’attente, et vous trouviez immédiatement les chapiteaux de ses brasseries. N’étant personnellement pas un grand fan des files d’attente, j’ai plutôt jeté mon dévolu sur les brasseries un peu moins connues et sur les kiosques un peu moins achalandés.

Une fois la ruée initiale de la première heure passée, l’engouement s’est un peu calmé. J’ai alors pu me rendre à ces brasseries sans trop d’attente; mais les bières les plus en demande étaient déjà sold out. J’ai cependant pu me tremper les lèvres dans Arthur, une saison rustique et acidulée de Hill Farmstead, qui m’a renversé les papilles, et dans The Crusher¸ une DIPA de Alchemist au profil similaire à la Heady Topper, mais avec plus d’agrumes et une texture en bouche plus effervescente.

Représentation Québécoise

La délégation du Québec n’était pas négligeable. Dieu du Ciel!, Trou du Diable, Hopfenstark, Dunham et Bénélux étaient tous présents pour nous faire honneur en cette terre étrangère. Je me suis surpris à passer beaucoup de temps aux kiosques des brasseries québécoises. Non seulement pour discuter avec nos compatriotes, mais surtout pour déguster leurs bières, entre deux vermontoises. Au final, j’en suis arrivé à la conclusion ferme que nous n’avons rien à envier à nos voisins: la qualité et l’unicité de nos produits se démarquaient au même titre que celles des brasseries américaines.

Dunham présentait le plus grand menu de tout le festival, avec pas moins de 12 bières. Les festivaliers s’en sont d’ailleurs régalé, et la file d’attente menant à leur kiosque était plutôt impressionnante. Parmi leurs bières, mon coup de cœur fut la Rauch Pu Pu, une lager blonde (Helles), légèrement fumée, aromatisée au thé Pu Pu. Surveillez son arrivée sur les lignes au Québec.

Hopfenstark et Bénélux ont toutes deux agrémentées ma journée au soleil avec leurs Berliner Weisse respectives. Dieu du Ciel! en a rajouté avec sa Solstice d’été; et le Trou du Diable m’a ramené les pieds sur la plage de Shawinigan pendant quelques minutes avec leur Shawi Beach.

J’ai aussi eu la belle surprise de voir que le Vermont Pub & Brewery était présent avec 3 bières brassées en collaboration avec 3 brasseries québécoises, soient: une saison à la citronnelle avec Hopfenstark, une scotch ale avec Dieu du Ciel! et une saison à la rhubarbe avec Trou du Diable, bière qui était – ma foi – sublime.

Les découvertes

Contrairement à d’autres collègues et amis, je ne vais pas au Vermont aussi souvent que je le voudrais. Alors, beaucoup de brasseries et bières locales furent pour moi de belles découvertes. Oublions toutes celles que j’ai ratées, pour cause de ‘’y’en a ben trop!’’, et visitons en rafale quelques unes des bières qui m’ont marquées:

  • Crop est une brasserie de Stowe, VT, qui m’a agréablement surpris avec leur Idyletyme IPA qui n’a rien du tout à envier aux autres IPA vermontoises bien connues.
  • Fiddlehead m’a donné ma dose de brett, avec leur Brett on the dance floor, une pale ale toute en finesse, fermentée à 100% avec des levures Brettanomyces, où règne un parfait équilibre entre les phénols belges, les notes herbacées et le beau fruité tropical. Et leur Hodad, un porter vanille-choco-coco, m’a fait découvrir l’existence du Pina Colada noir. Plus personne n’a le droit de dire qu’une noire ne peut pas être rafraichissante!
  • Smuttynose, du New Hampshire, avait une session IPA, houblonnée au Calypso, qui n’était pas piquée des vers, bien que j’en aurais bien « piqué » quelques verres.
  • La Burlington Beer Company m’a fait grand plaisir avec leur Murmuration, une farmhouse ale affinée en fût de vin rouge. Un complexe délice bourré de funk et de fraîcheur.
  • Stone Coral présentait, entre autre, leur Black Beer, dont l’originalité du nom est inversement proportionnelle à la surprise créée par cette bière. Cette lager, à mi-chemin entre une Schwarzbier et un porter, n’est rien d’autre que du velours chocolaté en bouche. Une des plus belles découvertes du festival.
  • Allagash, brasserie bien connue de Portland, a su dégourdir mes papilles en début de festival avec leur Avancé, une quadruple belge, vieillie et surie en barriques de bourbon avec des fraises. Un festival acétique dans la bouche!
  • Mystic brewery a pour sa part fermée le bal majestueusement avec leur Last and Final Judgement, une quadruple belge vieillie en barriques de chêne, qui a su exploser ce qu’il nous restait de papilles avant de quitter le site, le sourire aux lèvres.

Mon coup de cœur incontesté

Autour d’une Impérial Galaxy de Dunham, je discutais avec Éloi Deit, maître-brasseur de cette dernière. Avec enthousiasme, il m’a guidé vers un kiosque pratiquement désert, caché dans l’ombre de la file d’attente chez Lawson’s Finest Liquids. C’est ainsi que j’ai découvert Four Quarters Brewing: une toute petite brasserie récemment établie à Winooski. Utilisant un mixte de levures de type farmhouse, de levures sauvages et de bactéries sur une base régulière, ils présentaient, au moment de mon passage, 4 bières à faible taux d’alcool plus que surprenantes.

Mes papilles furent d’abord stimulées à la vue du cask : une saison surette fermentée en barriques de vin rouge, à 3.5%, avec ajouts de bleuets, de miel, de lavande et de citron. Tenter de décrire la complexité de cette bière lui ferait déshonneur, mais le tout s’harmonisait dans une finition toute à fait rafraichissante, désaltérante et simplement sublime.

Par la suite, on retrouvait une pale ale belge, à 3.9%, houblonnée au Galaxy et Stella, avec un passage au randall avec du Citra. Encore une fois, c’est dans une complexité toute en finesse que s’exprimait la fraicheur du houblon, en accord parfait avec la levure belge.

Pour terminer, deux versions d’une même bière, une saison à 4.8% fermentée en barriques de vin rouge, avec ajouts de raisins à vin blanc et de camomille. La première version était fermentée avec une levure de type saison, et l’autre avec une levure de vin rouge. Toutes deux présentaient un profil acidulé, épicé et très aromatique. La version avec levure à vin présentait une finale plus sèche, mais était somme toute assez similaire à la précédente.

Une brasserie à découvrir!

En bref

Il s’agit-là d’un festival qui est une réussite de A à Z: autant au niveau de la sélection, de l’organisation, de la logistique, de la propreté du site, de la qualité des gens présents et de l’ambiance globale. C’est un évènement que je recommande à quiconque veut découvrir une panoplie de bières diversifiées, parfois surprenantes, parfois décadentes, parfois toutes en finesse. La prochaine édition aura lieu les 17 et 18 juillet 2015, et les billets seront mis en ventes le 15 mai 2015.

Conseil

N’oubliez pas votre crème solaire. Surtout si vous êtes roux…

Crédit photo: Adam Riggall