Nous sommes actuellement en plein cœur de la saison des cabanes à sucre et je profite donc de cette tribune pour vous faire un aveu : je n’aime pas l’érable. Détrompez-vous, je ne suis pas en rogne contre l’arbre en tant que tel, j’en ai plutôt contre la sève qui en découle. À la fois la risée des Américains (combien de sitcoms utilisent l’érable pour se moquer de nous, les buveurs de sirop d’érable?) et la fierté de notre peuple, ce liquide n’est pas le bienvenu sur mes papilles, que ce soit dans la crème glacée, les biscuits David’s ou encore dans la bière.

Surtout pas dans la bière, mais comme dans toutes choses, il y a des exceptions.

J’ai longtemps boudé l’Équinoxe du Printemps, la Scotch Ale à l’érable de la brasserie Dieu du Ciel. Cette année, et ce pour la toute première fois, j’ai passé par-dessus mon orgueil et m’en suis procuré une. En la versant dans mon verre, j’avais déjà des préjugés défavorables avant même d’y avoir goûté : « C’est clair que tu ne seras pas bonne », lui disais-je avec conviction. Mais, au fur et à mesure que je la dégustais, je me suis surpris à l’aimer et à prendre des lampées de plus en plus grandes pour finalement en désirer une autre immédiatement. Était-ce un signe que je devais dorénavant cesser de lever le nez sur tous les produits contenant de l’érable? On se calme, je ne suis pas encore rendu à ce point!

Quelques jours plus tard, je tente encore le démon en me commandant une Rouge Érable de la brasserie sherbrookoise Boquébière lors de leur conquête des lignes du Brouhaha, le 30 mars dernier. Et pas un petit galopin là, un gros verre plein d’un nectar que je risque de ne pas aimer. Si ça ce n’est pas vivre sa vie à cent mille à l’heure, je ne sais pas quoi vous dire! Mon risque était tout de même calculé, sachant pertinemment que cette bière en était une remplie de « bébittes » sauvages que j’affectionne tout particulièrement.

Boquébière

N.D.L.R. : Pour en savoir plus sur les « bébittes », je vous invite à lire les articles fort intéressants et très bien vulgarisés de mon collègue Francis Richer.

Je respire à fond … les « bébittes » sont bien là, je détecte du sucre d’orge et des petits fruits rouges. Je prends une gorgée, l’érable est presque inexistant. Une seconde, j’ai l’impression de boire une fusion étrange entre un vin d’orge et une Rouge des Flandres. Des notes de vinaigre balsamique confèrent à cette bière une acidité puissante mais très désaltérante. Oh! L’érable apparaît en toute fin de gorgée, question d’atténuer le caractère acétique de cette bière.  Un délice incommensurable!

Bon, qu’on m’apporte des oreilles de Christ trempées dans le sirop d’érable!

[divider]Rouge Érable[/divider]

Œil : Brune aux reflets rougeâtres, très mince mousse, trouble

Nez : Levures sauvages, sucre d’orge, fruits rouges

Bouche : Acétique, sucrée, érable en finale, fruitée

[divider]Boquébière[/divider]

50 Rue Wellington Nord
Sherbrooke, QC J1H 5B7

Photo par abdallahh – Certains droits réservés (Paternité)