Après avoir laissé L’Inox pour démarrer sa propre microbrasserie à l’Île d’Orléans où il a peaufiné son art et développé une foule de recettes alléchantes, Jean Lampron revient en force à L’Inox, cette fois en tant que brasseur et copropriétaire. Fini la bouteille, place à la créativité et aux joies des brasseries artisanales !

Jean Lampron grandit en Mauricie, plus préci­sément à Saint-Boniface. Pour ses études collégia­les, il part à Trois-Rivières avant de poursuivre des études universitaires en arts visuels à l’Université Laval à Québec. La sculpture et la peinture l’intéres­sent particulièrement.

Il cherche un boulot de serveur et apprécie la bière plus goûteuse qu’il se procure à l’occasion à la SAQ. Il se souvient notamment de la Portneuvoise qu’il appréciait particulièrement. En 1991, il est embauché comme serveur à L’Inox dans le secteur du Vieux-Port de Québec. Tranquillement, il s’intéresse au processus de fabrication de la bière…

[divider]Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?[/divider]

J’ai commencé à faire quelques tests de brassage maison avec des concentrés quand je me suis mis à travailler comme serveur à L’Inox. Je m’intéressais assez à cela. J’ai travaillé comme serveur pendant environ 4 ou 5 ans avant de me mettre à brasser. Voyant que je m’intéressais à la chose, les propriétaires m’ont demandé si je souhaitais m’occuper de la brasserie afin qu’ils puissent se consacrer à la gestion. Quelques mois plus tard, j’étais officiellement responsable de la production.

[divider]La première bière que vous avez brassée ?[/divider]

La première brassée à la maison est une Brown Ale. On voyait peu de bière brune à l’époque et on n’avait pas vraiment accès à cela sur le marché, je voulais essayer une bière plus foncée. Le résultat était bon; disons aussi bon que ça peut l’être avec un concentré.

Je ne me souviens pas trop de la première que j’ai brassée à L’Inox, mais la première que j’ai créée là-bas est une Cream Ale à l’azote, la CreaminAle. Cela avait très bien fonctionné et c’était intéressant considérant les connaissances que j’avais à l’épo­que. Mes références ont bien changé depuis, elle serait sûrement différente.

[divider]La bière dont vous êtes le plus fier ?[/divider]

La Jean dit Laforge, une brune forte choco vanille brassée à l’Île, pour son intensité qui est pas mal due à la composition de l’eau là-bas, ça lui confère un corps et une texture très agréable. C’est une bière typée, elle a une signature qui lui est propre.

J’étais également fier de la Françoise Lelièvre, une Wild IPA avec levure sauvage et levure belge, bien houblonnée et brassée avec un peu de blé. Je l’appréciais surtout pour la complexité apportée par les différentes levures. Ce n’était pas un produit très accessible et certainement pas pour tout le monde, mais elle a été très appréciée tout de même. J’ai eu d’excellents commentaires d’amateurs initiés.

Finalement, il y a ma nouvelle Double IPA à L’Inox, je la préfère à ma Joseph Bellarmin, elle est plus facile à boire, sans doute à cause de l’eau plus douce, et elle est tout aussi intense en arômes.

[divider]Votre style de bière préféré ? [À brasser et à boire][/divider]

Pour le moment, ce sont les bières très houblonnées pour leur profil aromatique. J’aime pas mal tous les styles; je les apprécie pour leurs différentes caractéristiques. Selon moi, il y a une bière pour chaque moment.

J’aime surtout brasser les IPA parce que j’aime travailler avec les houblons. Également, à L’Inox, l’eau est plutôt douce et c’est mieux ainsi. Je préfère jouer avec une eau plus douce que d’avoir à com­poser avec une eau plus dure comme c’était le cas à l’Île. J’avais moins de contrôle là-bas pour cette raison.

[divider]Votre ingrédient préféré ?[/divider]

La levure en raison de la signature qu’elle laisse à la bière. Après l’eau, c’est ce qui est le plus significatif. En fait, elle l’est peut-être même plus que l’eau. Au Québec, on a accès à une banque immense de levures et on n’a pas vraiment de souche typique, on peut donc varier pour le plaisir.

[divider]Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?[/divider]

MicroBrasserie Charlevoix pour la complexité et la variété de ses produits. J’ai beaucoup aimé leur série mono-houblon et leur Dominus Vobiscum Brut qui est un véritable bonheur en bouche. J’adore également le Trou du Diable pour tout ce qu’ils font de « Wild » !

[divider]Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?[/divider]

La Brut de Charlevoix justement, car elle est très bonne; sa texture, ses bulles, c’est une bière classe. J’aimerais essayer la technique champenoise, ça donne complètement une autre texture à la bière. Par exemple, une Saison aux fruits avec méthode champenoise, ce serait vraiment tripant. C’est intéressant de jouer avec différents procédés que l’on n’applique pas à la bière habituellement, ça joue sur la complexité du produit.

[divider]Vos impressions sur la bière au Québec…[/divider]

On est fort au Québec pour mélanger les styles et s’inspirer de tout ce qui se fait. C’est vrai également en cuisine, on est innovateur, on s’inspire de tout et on mélange pour créer de nouvelles choses. Il y a beaucoup de créateurs au Québec et avec la bière, les possibilités sont infinies; les créatifs vont toujours réussir à faire quelque chose de différent. Au même moment, on a accès à de plus en plus de nouveaux ingrédients. Du point de vue de la qualité, ça s’améliore avec l’expérience des brasseurs. Le nombre de brasseries augmente et on cherche de plus en plus à se comparer à d’autres brasseries. Ça va de mieux en mieux.

[divider]Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?[/divider]

On aura de nouveaux produits qui vont voir le jour prochainement. Pour l’instant, l’objectif est de remettre les produits au goût du jour. Progressivement, on aura besoin d’équipement, il faudra augmenter la capacité de production et ouvrir un volet créatif. On veut offrir des bières qui s’adresseront aux amateurs qui connaissent déjà bien la bière. Ça prend des produits pour les gens qui découvrent et pour les initiés; il faut offrir les deux. On aimerait également offrir plus de choix au fût. Pour les nouveaux produits, on n’a pas d’orientation spécifique de prévue, on va suivre l’inspiration et les tendances comme les IPA de la côte ouest-américaine actuellement.