La mode est aujourd’hui aux hautes en . Il fut un temps où cette plante était particulièrement prisée pour ses pro­priétés d’assainissement et de conser­vation. De nos jours, elle l’est surtout pour son goût amer et ses différentes saveurs. Depuis l’agitation causée par la pénurie de 2008, la belle province se fait tranquillement parsemer de houblonnières. Le futur sera-t-il favorable à l’épanouissement de ce marché ? Avant de s’attarder à la question, revisitons l’histoire au .

Histoire d’houblon

Selon Catherine Ferland, historienne et auteure du Bacchus en  : Boissons, buveurs et ivresses en Nouvelle-France, le houblon constituait un ingrédient essentiel à la fabrication de la . Avant même que, en 1671, l’intendant Jean Talon plante 6000 perches dans les terres des Islets, les jésuites cultivaient la plante pour subvenir à leur besoin.

Ce marché a été actif jusqu’à la moitié du siècle dernier. D’après les recherches de Stéphane Morin, historien, sommelier et éditeur du magazine Effervescence, dans les années 1850, la production de houblon représentait 150 000 livres par année. Elle se divisait surtout entre les feus comtés de Stanstead et de Huntingdon, et le triangle de Vaudreuil-Soulanges tandis qu’à Lachine, la Brasserie Dawes labourait ses champs de houblon et d’orge.

L’absence de traces écrites à partir du début des années 1940 empêcherait d’expliquer la disparition des houblonnières au Québec. « Il y a plusieurs hypothèses, développe M. Morin. Je pense que c’est un assemblage d’un peu tout ». Parmi celles-ci, des maladies fongiques auraient rongé les houblonnières, causant la migration des agriculteurs vers des cul­tures ou industries plus rentables; la National Breweries Limited créée en 1909, consortium de brasseries industrielles canadiennes, aurait démoli la raison d’être de multiples fermiers locaux en concentrant ses achats autour de quelques gros producteurs aux mains-d’œuvre moins couteuses d’Europe et des États-Unis; enfin, les brasseries de l’époque auraient produit des bières moins amères, donc moins houblonnées, afin de plaire à une plus grande clientèle.

« La culture du houblon n’a pas été anéantie au Québec, précise M. Morin. On a continué à en faire à petite échelle pour des fins médicinales ». Elle se serait insinuée dans l’esprit des Québécois vers les années 1970, alors « qu’il y eut un regain d’intérêt pour le  », suppose Mme Ferland. Une vingtaine d’années plus tard, on voit réapparaitre quelques micros- producteurs dans la Mauricie et dans les Cantons de l’Est, « certains pour des raisons expérimentales, d’autres dans un but de fournir le marché des brasseries artisanales », raconte M. Morin.

La pénurie de 2008

En 2008, une pénurie mondiale du houblon a occasionné bien des tracas. Cependant, jusqu’à aujourd’hui l’événement suscite des opinions divergentes.

« Ce qui est arrivé en 2008, c’est une conjonction de différents événements, explique Jean-François Gravel, cofondateur et maître-brasseur de Dieu du Ciel! ». Dans les années 1990, le houblon s’achetait principalement sur le marché au comptant. « À peu près tout était disponible à l’année et on achetait moins cher le houblon des années précédentes ». Il y eut surproduction et les producteurs vendaient à perte. « De façon planétaire, les récoltes diminuaient chaque année, les producteurs arrachaient des plants pour autre chose de plus payant. », explique le brasseur. En plus de cette diminution apparente, les récoltes de 2007 et 2008 ont démontré un taux d’acide alpha (résine amère) inférieur aux années précédentes et « théoriquement en dessous de ce dont on avait besoin en une année », précise M. Gravel.

Bruce Wolf, PDG et fondateur du distributeur Willamette Valley Hops aux États-Unis, relate un événement tout aussi important de la même année. La brasserie Anheuser-Busch, qui représentait alors un des plus gros consommateurs de houblon de la vallée de la Willamette en Oregon, a joint ses forces avec la brasserie InBev pour former AB InBev. Afin de couper dans les dépenses, le chef de file a considérablement diminué leurs achats auprès de plusieurs producteurs de la Vallée. Philippe Wouters, éditeur du journal et spécialiste en bière, explique qu’en effet, cette perte de ventes a forcé certains producteurs à réduire leurs récoltes. « Ce qu’ils n’ont pas anticipé, c’est la demande grandissante des brasseries artisanales », ajoute-t-il. Issu d’une famille de cultivateurs de houblon depuis plusieurs générations, M. Wolf s’est tourné vers la distri­bution aux brasseries artisanales, une niche en pleine expansion.

Un débat

Selon l’agronome François Biron, du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, « on n’est pas sûr qu’il y ait eu une pénurie. Il y a eu une augmentation des parce qu’on anticipait une pénurie ». M. Gravel se souvient payer le houblon peut-être 5 ou 6 $ la livre. « Du jour au lendemain, on me dit que le Magnum était tout vendu et on me propose du Columbus à 20 $ la livre ». Julien Venne, agronome et consultant du Centre de recherche et de développement technologique agricole de l’Outaouais (CREDETAO), ajoute « qu’il y a eu des microbrasseries incapables de s’approvisionner dans certaines variétés de houblon ».

De son côté, M. Venne observe que « certains pensent que des producteurs ne déclaraient pas le volume exact de production ». À cela, M. Gravel répond que « des gens surcontractaient et vendaient leur surplus. Là, on disait que c’était une fausse pénurie, mais ce n’est vraiment pas le cas. On ne peut pas se plaindre que les agriculteurs aient arrêté de surproduire ».

Qu’il y ait eu pénurie ou non, ce phénomène a contribué au déclenchement d’un intérêt de dévelop­per une production de houblon québécois. Rendez- vous au prochain numéro…

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