Dégustateur avant tout, André Trudel a dû être patient avant de voir son rêve se réaliser. Avec du recul, on constate que cette attente a tourné à son avantage; il a gagné en expérience, a parfait ses connaissances de la bière et des saveurs, et a eu beaucoup de temps pour imaginer et concevoir la brasserie de ses rêves. Et c’est maintenant que ça paie !

C’est à Shawinigan qu’André Trudel est né et a grandi. Issu d’une famille de buveurs de bière, il est dès son jeune âge mis en contact avec la bière, notamment les marques populaires consommées par sa famille et les gens de son entourage. À l’adolescence, il découvre les bières d’Unibroue qu’il aime particulièrement pour leur goût plus prononcé.

Jeune, André voyage souvent en Europe pour visiter des amis. En 1994, lors d’un périple en Belgique, il est séduit par le Moeder Lambic, un des réputés bars à bières belges, et impressionné par la variété de bières servies au pays, notamment les bières sûres.

Durant les presque 4 années cumulées passées en Europe, il découvre différentes bières et éduque son palais aux différentes subtilités que lui offrent les mousses européennes. En 1997, il se lance dans le brassage maison et devient réellement passionné.

 

[divider]Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?[/divider]

Plusieurs personnes m’ont aidé lorsque j’ai commencé à brasser maison, notamment Sébastien Déry, le premier brasseur du Gambrinus qui brasse maintenant chez nous, Marc Gauthier, un ancien brasseur maison qui travaille aujourd’hui à Pit Caribou et Stéphane de la Choppe à Barrock.

Je me suis aussi rabattu sur la littérature pour apprendre par moi-même, notamment des livres de Charlie Papazian ainsi qu’Ales, Lagers et Lambics de Mario D’Eer qui proposait beaucoup d’informations sur la dégustation. Je suis dégustateur avant d’être brasseur et je pense que c’est une force pour moi dans mon métier.

Lors d’un de mes voyages en Europe, des amis et moi avions le projet de démarrer une brasserie en Suisse. Évidemment, je n’en avais pas les moyens, mais l’idée d’avoir ma propre brasserie m’a suivi jusqu’ici à mon retour. Je savais que mes bières étaient devenues assez bonnes pour un tel projet, mais il me manquait certaines habiletés. Isaac s’est alors joint à moi.

En 2000, j’ai travaillé quelque temps comme aide-brasseur chez Bières de la Nouvelle-France. J’en ai beaucoup appris sur la machinerie, la salubrité, l’enfûtage, et le mode de pensée; ça m’a donné de l’expérience concrète à ce niveau.

 

[divider]La première bière que vous avez brassée ?[/divider]

La première faite maison, c’est une bière qui existe encore aujourd’hui, la Biscornue, une Pale Ale anglaise. Inspirée d’une recette du livre de Charlie Papazian, elle est encore pas mal identique aujourd’hui. À l’époque, j’avais également fait la Sang-d’Encre, la Butteuse et la Rubis Red.

À la brasserie, nous en avons brassé trois dès le départ, soit la Biscornue, la Pitoune et la Sang-d’Encre. Ça nous prenait une Ale blonde et je n’en brassais pas vraiment au début, c’est donc Michel Gauthier qui nous avait aidés pour la Pitoune. Depuis, elle est complètement différente; notre Pitoune actuelle est une Pils et s’appelait autrefois la Germaine.

 

[divider]La bière dont vous êtes le plus fier ?[/divider]

La Dulcis Succubus parce qu’elle m’a apporté beaucoup de fierté et de reconnaissance. Dès la première fois où je lui ai gouté, j’étais satisfait et cela s’est amplifié quand j’ai vu que certains de mes pairs en étaient impressionnés eux aussi. J’ai reçu d’excellents commentaires de gens que je respecte énormément dans l’industrie et même de certains que j’idolâtrais, notamment Peter Bouckaert, brasseur de la réputée New Belgium aux États-Unis.

 

[divider]Votre style de bière préféré ? (À brasser et à boire)[/divider]

Dans les deux cas, ce sont les Saisons. J’aime assembler différentes céréales et j’aime jouer avec différents houblons. Avec les Saisons, c’est le fun, on peut se laisser aller et essayer plein de choses. Ce sont également les bières les plus rafraîchissantes.

J’ajouterais aussi les Pils parce que c’est plus compliqué. Ce sont des bières « toutes nues », elles n’offrent pas de cachettes pour les défauts, pas de marge pour le brasseur. C’est un beau défi.

 

[divider]Votre ingrédient préféré ?[/divider]

Les houblons, parce qu’ils proposent des possibilités infinies de travailler et d’en faire la culture. On peut les utiliser de différentes façons et il existe plusieurs variétés. Mon préféré actuellement est le Triskel, un houblon alsacien super floral, herbacé et délicat. On le retrouve notamment dans la Pitoune.

 

[divider]Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?[/divider]

Dieu du Ciel! pour son audace, son originalité, la qualité de ses produits et l’amitié que je partage avec eux.

 

[divider]Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?[/divider]

La Saison Réserve de Dunham. Éloi [brasseur de la brasserie Dunham] m’a fait goûter ça à la brasserie et j’ai adoré. C’est une bière sèche et rafraîchissante avec un côté « wild » extrêmement bien équilibré.

 

[divider]Vos impressions sur la bière au Québec…[/divider]

On est définitivement sur la bonne voie, mais à force de voyager pour le travail, je réalise qu’on a encore beaucoup de chemin à faire si l’on veut pouvoir se proclamer le « paradis de la bière ». L’une des choses qui me frappent en particulier, c’est la détérioration des produits sur les tablettes des commerçants. Les produits sont bons, voire excellents dans les pubs, mais il y a du travail à faire pour ce qui est de la bouteille. On rencontre souvent des problèmes d’oxydation et heureusement l’AMBQ travaille beaucoup là-dessus actuellement et cherche à conscientiser davantage les brasseurs et acteurs de l’industrie. Je suis confiant pour le futur.

 

[divider]Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?[/divider]

On a un projet de boutique qui promet et le salon de dégustation de la Shop qui se prépare tranquillement. On s’est aussi fait un programme pour sortir quelques bières prochainement dont la Punkrauch, la Shawi Beach, et l’Apocalypso. On a également des collaborations qui s’en vien­nent; notamment un projet secret avec Sean Hill [de Hill Farmstead] qui proposera une version sûre et une version nature, ainsi qu’une nouvelle bière de la série Purgatoire avec Dieu du Ciel! qui sera une Pils de blé avec des houblons américains et qui sera embouteillée par nos deux brasseries.