J’ai visité Les Vergers Lafrance dans le cadre de mes recherches pour la rédaction de mon dossier sur la microdistillation au Québec. J’y ai rencontré Éric Lafrance, un passionné qui n’a pas peur de se salir les mains.

Véritable touche à tout, il a grandi dans un verger. Et pour lui, c’est la clef du succès: connaître le produit de base. Et, pour paraphraser Léodagan, il est fort en pommes! Tous les jours, il est présent: à la cueillette, au pressage, à la fermentation, à la distillation. Il note tout, question de pouvoir reproduire ce qui marche bien et comprendre pourquoi.

Éric Lafrance est le petit-fils du fondateur, donc 3 générations tombées dans les pommes. Les vergers fournissaient Steinberg, oops. En 1989, ils passent au jus, en 1993, Éric prends sa place. Le cidre, initialement produit pour la famille et les amis, attirent les compliments. Il en vendra sur place, et les éloges des clients le pousse à tenter sa chance dans les épiceries et la SAQ.

D’ailleurs, faites attention si vous n’avez goûter qu’à une ou l’autre des versions de ses produits: le produit que l’on retrouve sur les tablettes du monopole d’état ne sont pas élaborés de la même manière que ce que vous trouverez au supermarché.

Éric LafranceVéritable capitaine qui pilote son navire, M. Lafrance faut selon-lui pouvoir voir venir. Car il y a toujours un délai entre le coup de barre et le changement de cap du bateau. C’est surtout vrai quand il distille: un changement de la force du feu, ou de l’apport d’eau dans le condensateur va éventuellement avoir un effet sur la pression dans l’alambique, puis dans le volume du flot de sortie du distillat et dans sa teneur en alcool. Mais pas immédiatement. Il faut être à l’affût, car les écueils sont nombreux. Et c’est non seulement son nom, mais celui des ses ancêtres et, surtout, de ses enfants qui se trouve sur chaque produit.

Et comme un bon capitaine, Éric garde toujours en tête que ses décisions affecteront la vie de tous ceux sur son navire. Et c’est pour cela qu’il a décidé de distillé. Car le fruit de ses efforts d’aujourd’hui ne sera possiblement récolté que dans plusieurs années. Question de règlementation, oui, mais aussi du temps nécessaire à la maturation du projet et du spiritueux qui en découle. Les clients étant tous différents et recherchant des produits qui varient selon leurs préférences et leurs habitudes de consommation, la liste de produits est longue. Mais si on recherche une trame de fond, il fait des produits aromatiques. Cette diversité le rassure; le bateau tiendra bon pour longtemps.

Artisan d’abord, la production vient ensuite. Fier, Éric Lafrance aime dire qu’il n’utilise pas de recette: « Quand on joue avec la nature, il faut savoir s’adapter ». Alors on ajuste toujours la course de la nef, on vise l’objectif, pas une recette. Il faut prendre son temps, y aller petit à petit et ne pas lancer la grosse production de suite. De toute façon, ça donne le temps d’éduquer le client, tout en apprenant ses goûts. De toute façon, quand c’est la qualité qui prime, les embûches du début peuvent aider à valoriser le produit au final.

Je vous propose de profiter de la douceur du temps pour aller faire un tour aux Vergers Lafrance. Cueillez des pommes, goûtez au cidre, visitez la place, allez voir son superbe alambique.

Domaine Lafrance cuvee specialeJe vous conseille de vous y procurer un Domaine Lafrance Cuvée Spéciale, le cidre de glace produit par cryoextraction de la maison. Les pommes sont cueillies en janvier par -20°C, puis on les presse encore gelées.

Le nez est rempli de tabac, d’ananas, de caramboles et de beurre frais. En bouche, c’est animal avec du cuir, de la pomme suivi de caramel, d’épices et de tabac.

Prenez la Cuvée Spéciale température pièce pour en découvrir tous les arômes. Les pommes sont restées longtemps sur l’arbre, et c’est clairs que des levures sauvages s’y sont déposées. Loin d’être un défaut, c’est pour moi ce qui rends le produit unique et intéressant.

Un merci énorme va à Éric Lafrance pour sa générosité et sa disponibilité.