12_MBPLuc Boivin devrait être vice-président d’une entreprise de systèmes d’automatisation spécialisée dans le domaine brassicole sur la Rive-Nord de Montréal. Mais quelque part sur son chemin, l’influence de son entourage a eu le dessus et l’a plongé dans un cercle vicieux d’eau, de céréales, de levure et de houblons. La chute fut si vertigineuse que c’est finalement comme brasseur à plus de 3 heures de la métropole qu’il a choisi de faire sa marque.

Électromécanicien industriel de formation, Luc a été embauché chez Boréale vers 1992 pour faire de la maintenance d’équipements dans l’usine. Ses connaissances allaient s’avérer un précieux atout pour la jeune brasserie. De son côté, il était tanné de vendre des produits d’automatisation et avait envie de quelque chose d’un peu plus manuel. Il ne connaissait rien à la bière, mais à quoi bon?

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?

Je me rappelle avoir découvert la Boréale dans un dépanneur pas très loin de chez nous au début des années 90 et cela m’avait bien plu. Il n’y avait qu’une bière à l’époque et elle s’appelait simplement Boréale. J’étais donc heureux de travailler là-bas et j’ai suivi la brasserie lorsqu’elle a déménagé à Blainville en 1994. À force de travailler sur les paramètres de la salle de brassage, j’ai fini par avoir le goût de brasser.

Vers 1998, j’ai donc commencé à brasser à la maison, je m’étais procuré un kit de brassage fait par des spécialistes de l’Inox. J’ai obtenu mon fermenteur en échange de la fabrication d’un panneau de contrôles électroniques pour trois jeunes qui démarraient une brasserie à Montréal, il s’agissait de Dieu du Ciel!. Ils ont éventuellement voulu faire des modifications et c’est de cette façon que nous nous sommes connus.

En 2004, Patricia, l’une des trois propriétaires désirait vendre ses parts, je les ai ainsi achetées pour me lancer dans l’aventure de Dieu du Ciel!. J’y suis resté jusqu’à mes débuts ici en 2011.

La première bière que vous avez brassée ?

C’était un kit concentré, l’équivalent d’une Corona que j’ai probablement manquée, car elle était dégueulasse. Fini le concentré, je passe au tout grain. Ma première bière fut L’Embûche, une belge forte à 8% d’alcool dont le nom résumait cette première expérience. J’aimais les bières de style belge comme la Blonde d’Achouffe; j’avais même repris la levure d’une de leurs bouteilles à un certain moment.

La bière dont vous êtes le plus fière ?

C’est quand je vois les clients apprécier l’une de mes bières que je suis réellement le plus fier, c’est dur d’en choisir une. Peut-être l’Oie Blanche puisqu’elle a remporté un concours canadien de brassage amateur en Saskatchewan en 2003.

Votre style de bière préféré ? [À brasser et à boire]

Les styles belges, bières d’abbaye comme Rochefort, Orval, etc. J’aime leur goût malté, épicé et la signature des levures. Le houblon, j’aime ça aussi, mais ce n’est pas mon premier choix.

Votre ingrédient préféré ?

La levure, car c’est réellement la signature d’une bière. Je dirais probablement les variétés belges, mais je ne me considère pas encore assez expérimenté pour en préciser une.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?

Dieu du Ciel! est parmi les meilleures. Leur parcours est intéressant, j’ai vu comment ça s’est fait là-bas et Jean-François [Gravel], pour moi, c’est ça un maître brasseur. Je ne me considère pas comme un maître brasseur. Boréale est également l’une des plus belles brasseries que j’ai vues. Le Trou du Diable aussi.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?

La Dernière Volonté de Dieu du Ciel!. Une bière de style belge qui partage des ressemblances avec la Orval et bien houblonnée à froid.

Vos impressions sur la bière au Québec…

Ça fait 21 ans que je suis dans le domaine et ça évolue bien, on se met sur la « map » et on doit être fiers de ce qui se fait ici. On n’a rien à envier aux autres. C’est un peu comme le fromage, on a développé notre propre identité. On fait des copies de styles, mais très bien faites avec des idées dynamiques pour innover. D’ailleurs, les jeunes sont très dynamiques et forcent les plus vieux à innover. Je ne crois pas qu’il y ait de danger en raison du nombre grandissant. Au niveau des produits sur les tablettes, on peut se demander : est-ce qu’il va toujours y avoir assez de place? Toutes les brasseries vont-elles trouver leur place? Mais je crois que chaque ville devrait avoir sa brasserie. Il faut faire attention au nombre de bouteilles, mais même avec le grand nombre, la qualité est là.

Qu’est-ce que ça prend pour créer un style québécois ?

Pour moi, cela existe déjà et c’est la Boréale Rousse. Il n’y en avait pas avant et c’est eux qui ont mis ça sur la « map ». C’est la base de la révolution brassicole au Québec. S’il y a un style pour nous définir, c’est celui-là. Le sapin baumier, c’est une saveur particulière, je ne suis pas sûr que ça nous représente autant.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?

Nous serons du Festibière de Québec à l’été 2013 pour nous faire connaître davantage et agrandir notre rayonnement dans la région de Québec. Nous comptons également faire des produits pour emporter, vendus sur place et peut-être même dans quelques dépanneurs. Nous améliorerons également la terrasse et proposerons probablement de nouvelles bières et de nouveaux styles.

Mot de la fin…

Prenez le temps de venir nous voir, nous sommes le secret le mieux gardé du Québec!