Conseiller en bières ? un défi !
En fin de semaine dernière, j’ai été invité par le IGA Extra du boulevard Greber à Gatineau pour conseiller les clients dans la section de bières de microbrasserie. Une des plus belles sections de bières dans une épicerie au Québec.
Ma mission ? Faire découvrir toutes les bières disponibles en magasin. Marc, sympathique propriétaire, m’avait donné carte blanche et je pouvais, à ma guise, ouvrir la bouteille de mon choix et l’accompagner du produit de mon choix. J’ai donc fait déguster plus d’une cinquantaine de bières différentes accompagnées de fromages, charcuteries et chocolats. Un vrai terrain de jeu !
Pourquoi ce défi ? Considérant que chaque consommateur qui assiste à mes conférences ou ateliers dégustations se présente avec un intérêt marqué pour ce genre de bières, j’avais envie de rencontrer des clients d’épicerie au hasard et de leur présenter quelques bières pour étudier leur réaction. L’exercice était fort intéressant et me permettait d’être en contact direct avec un panel de consommateurs qui ne sont pas forcément intéressés par les bières artisanales ou de microbrasseries. Un véritable laboratoire Vox populi au cÅ“ur de l’action, dans le panier du consommateur.
Fréquentant le monde de la bière et ses enjeux à temps plein, j’avais envie de me transformer en conseiller dans le rayon bière d’une épicerie et d’y rencontrer les consommateurs, peu importe leur niveau d’intérêt pour la bière artisanale. M’informer des perceptions et croyances populaires au sujet de la bière au Québec était également un de mes défis.
Quelques résultats forts intéressants qui mériteront réflexion et étude:
Chaque personne interpellée connaissait la catégorie des bières de microbrasseries, mais était incapable de nommer plusieurs marques. Cependant, presque chacun a déjà entendu parler d’une brasserie dans sa région natale sans pour autant y avoir gouté ou être capable de la nommer
Plusieurs personnes me nommaient des styles de bières sans y avoir gouté. Il me suffisait de leur faire découvrir trois bières de ce style, présenter les arômes et saveurs communes et plusieurs voulaient répéter l’opération chez eux.
La question première du consommateur « As-tu de la blonde » est encore dans le palmarès des questions les plus communes. Une dégustation de trois bières de couleurs blondes aux arômes et saveurs différents permettait de tuer ce mythe et de conseiller le consommateur en fonction de ses gouts et non la couleur, par exemple.
Plusieurs consommateurs continuent de croire que la différence de taux d’alcool est propice à la différence de goût et de force de la bière. À ma question « voulez-vous goûter une bière de microbrasserie ? », une des réponses les plus fréquentes était « Quel pourcentage d’alcool ? ». Après dégustation et discussion, ils comprenaient que le taux d’alcool ne devait pas être un critère premier lorsqu’il s’agit de goût et de saveurs. Dégustations de lights industrielles fortes et fortes artisanales light à l’appui.
Un des freins à l’achat de bières de microbrasseries est le prix. Plusieurs consommateurs sont persuadés que la bière artisanale coute bien plus cher qu’une bière de macro brasserie. Si il est vrai qu’il y a une différence marquante entre le prix d’une caisse de 24 bouteilles et une bouteille de bière artisanale vendue à l’unité, cette différence diminue drastiquement lorsqu’il s’agit de comparer en pack de 6. Certes, la bière artisanale est plus chère, mais beaucoup moins que ce que croient nombre de consommateurs. Plusieurs raisons sont à considérer, je les détaillerai dans un prochain éditorial.
Il était rare qu’un consommateur achète plus d’une bouteille d’une bière qu’il avait découverte en dégustation. Il préférait en acheter une et la boire pour une occasion spéciale. Pas de 6 pack dans le panier d’épicerie, même si celui-ci était disponible pour le produit choisi. Est ce un frein à l’essor des microbrasseries ? Je crois que oui.
Tant que le consommateur va associer les bières artisanales aux occasions spéciales, il sera très difficile pour le brasseur d’augmenter ses parts de marché.
Il était beaucoup plus facile de conseiller une bière artisanale à un client qui avait déjà gouté aux bières artisanales. Il était très attentif aux conseils et aux nouvelles bières qui correspondent à ses goûts.
Cette expérience a été très révélatrice pour moi. En tant que spécialiste du marché de la bière, j’ai fort apprécié ce laboratoire spontané en plein cÅ“ur des consommateurs, tous les consommateurs. J’ai croisé en quelques heures des centaines de personnes, parfois indiférentes mais souvent réceptives.
Merci à Marc Gervais de m’avoir offert l’opportunité de réaliser cette initiative qui, il me semble, est la première de ce genre au Québec. La possibilité de faire découvrir des produits au gré des envies, des discussions et de la spontanéité est une expérience fort enrichissante pour le consommateur et pour moi.
J’en profite également pour féliciter tous les conseillers bières, bièrologues, propriétaires de magasins spécialisés et toutes personnes qui fait la promotion de la bière. Un travail ardu qui demande beaucoup de passion et de patience….un client à la fois !
