Frédérick Cormier est avant tout un artiste et un amateur de bières. Par défaut, il est devenu brasseur. Son métier lui permet de créer et de boire des bières qu’il aime; deux de ses besoins primaires sont ainsi comblés. Dans son havre créatif, il ne connaît aucune contrainte à l’exception peut-être de l’eau, du malt, de la levure et du houblon. Mais encore…

C’est avec Jean-François Gravel, qui a depuis démarré la célèbre Dieu du Ciel!, que Frédérick se met à brasser de la bière maison pour son propre plaisir. Les deux amis ne demeuraient pas très loin, l’un à l’Épiphanie; l’autre à Repentigny. En magasinant sur Internet, ils s’informent  sur la bière et les différents équipements nécessaires pour monter leur système maison. C’est de cette façon qu’ils découvrent les systèmes de DME Brewing qui font naître en eux des projets de plus grandes envergures.

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?

Au départ, je voulais importer des bières d’Allemagne ou de République tchèque, c’était vers 1998. Quand j’ai vu tout le côté administratif de la chose, j’ai décidé d’abandonner. J’ai plutôt choisi de brasser pour le plaisir avec l’équipement que Jean-François nous avait donné. Mon cousin Hugues Dumontier et moi nous sommes tranquillement intéressés à l’idée de démarrer une brasserie et nous avons commencé à magasiner les différents équipements et à envisager le projet sérieusement. Le projet initial devait démarrer en 2003 ou 2004 en Mauricie avec Sébastien Gagnon du Vices et Versa, mais malheureusement, la subvention espérée n’était plus disponible… Hugues et moi avons finalement ouvert la brasserie à L’Assomption, où l’on avait grandi, en 2006. Le permis est daté du 21 décembre, mais l’anniversaire se fête plutôt à la fin novembre. Après le départ d’Hugues, j’ai décidé de faire de Hopfenstark mon lieu de création.

La première bière que vous avez brassée ?

C’était dégueulasse, probablement la pire jamais faite, probablement une blonde… La recette venait d’un livre puisqu’il n’y avait pas Internet. On a fait le processus de A à Z et on a dû faire toutes les erreurs possibles en plus d’en inventer quelques-unes. Le résultat était horrible. On avait même gardé des bouteilles pour plus tard. À la brasserie, la première fut la Ostalgia Rousse et la deuxième, la Yule, une bière aux épices.

La bière dont vous êtes le plus fier ?

Ça pourrait être la Helles, parce que c’est dur à faire; la Boson, personne n’a jamais fait ça; la Postcolonial, pour son côté caramel; la Framboise forte… C’est dur de répondre… J’ai des goûts en tête et j’essaie de les créer, donc je ne peux pas répondre à ça. Je les aime pour différentes raisons, elles ont toutes leurs particularités.

Votre style de bière préféré ? [À brasser et à boire]

Pour boire, c’est changeant. Ça doit être balancé, elle doit être bien équilibrée et après c’est selon le moment. En été, une Berliner Weisse qui est rafraichissante; tout est circonstanciel. En hiver par une soirée froide, une Yule chaude! J’aime les bières maltées avec des esters et des houblons aromatiques. Le grain doit aussi être présent.

Pour brasser, la Helles est dure à faire donc c’est un défi à chaque fois et je trouve ça plaisant. J’adore ça même. J’aime créer quelque chose de nouveau; la Boson, je n’avais pas de références; ou faire une bière sure, sans la gâcher…

Votre ingrédient préféré ?

Malt et levure. J’adore le goût malté et les esters de levure. Le côté épicé du houblon aussi. J’essaie de faire ressortir le meilleur de chaque élément. D’ailleurs, toutes mes bières sont maltées.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?

L’Amère à boire avec sa Cerná Hora et sa Helles; Dieu du Ciel! a des bières que j’adore, j’y ai découvert plusieurs styles. Brouemont avec sa Hefeweizen, Trou du Diable, Micro Charlevoix, À la Fût, Cheval Blanc, Benelux, je ne peux pas en avoir une seulement. On cherche et on se déplace. On opte pour nos classiques et on essaye toutes les nouveautés.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?

J’adore la Lupulus de Charlevoix, c’est très bon. La Triple Brett d’À la Fût ou la Morning Wood du Cheval Blanc. Je les goûte et j’adore tout de suite. La Buteuse brassin spécial aussi. L’équilibre est ultra important.

Vos impressions sur la bière au Québec…

C’est un marché vierge au niveau brassicole, il nous permet de faire ce que l’on veut en tant que microbrasserie. Il y a une vague imaginative et créative de brasseries. Ici, il y a une mentalité ouverte qu’on ne retrouve certainement pas dans les pays colonisateurs qui dictent leurs mentalités et styles. Ici, on s’adapte à ce qu’on a, à ce qu’on est. Au Québec, il y a des influences anglaises, françaises, irlandaises, américaines et immigrantes, c’est notre culture. On conserve le bien dans ça. Notre culture devient ce que l’on crée. En ce sens, le Québec a l’avantage sur le monde. On a l’habitude de s’adapter donc ça développe notre côté créatif. Actuellement par contre, avec l’engouement, des profiteurs prennent d’assaut le marché de la bière, des bons vont tomber et c’est dommage.

Qu’est-ce que ça prend pour créer un style québécois ?

Notre ouverture d’esprit culturelle nous donne un style québécois. Donc tout ce que l’on fait, tant que ça reste bien fait, c’est québécois. « La micro québécoise au goût du monde », c’est dans notre plan d’affaire de 2004. C’est par mentalité qu’on crée des styles uniques, le terroir n’a rien à voir avec le produit, les frontières physiques n’existent pas.

 Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?

La même chose que d’habitude : des créations, une stabilité et de l’évolution. On est seulement limité par notre imagination.

 Mot de la fin…

La Kamarade fait des bébés!