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Excursions dans les tavernes londoniennes du XVIIIe siècle

Récemment, au fil de mes recherches et de mes lectures, j’ai pu dénicher deux ouvrages anglais du XVIIIe siècle qui m’apparaissaient fort intriguant: A Vade-Mecum for Malt-Worms : or, a Guide to Good Fellows (vers 1716-18) et sa suite, A Guide for Malt-Worms, des guides renfermant un trésor d’informations sur le monde de la bière et des tavernes anglaises du début du XVIIIe siècle.

Quand le barman récite des vers…

Les deux livres sont publiés anonymement, mais leur paternité est souvent attribuée au poète, journaliste et tenancier de pub anglais Edward «Ned» Ward (vers 1660-1731) par les spécialistes. Le personnage est fascinant. D’humble extraction, Ward aurait malgré tout reçu une éducation poussée comme grammairien. Son œuvre s’attache à décrire et à commenter sur le ton de la satire la vie qui s’activait au sein de plus de 200 tavernes et cafés londoniens. Au début du XVIIIe siècle, Londres abritait plus de 5 000 établissements.

Un drôle de ver…

Malt-Worm est une expression populaire toute britannique datant du XVIIe siècle, le grand siècle de Shakespeare. Elle désigne un bon buveur fort amateur de boissons maltées. En un mot, un «vers à malt» c’est un passionné de bière et accessoirement un bon buveur… Comme de fait, le Vade-Mecum est dédié aux brasseurs dans l’espoir, affirme-t-il dans son préambule, de dresser le portrait de leur «élevage» (Hoping, at least, you’ll shew your Breeding.) Le livre a également pour objectif de montrer aux brasseurs les coutumes et habitudes de leur clientèle. (To whom you are yourselves beholding, Their Customs and their Trade unfolding.) Une étude de marché avant l’heure en quelque sorte! Les vers suivants expriment bien ce que tous bons amateurs de bonnes bières souhaitent à son brasseur préféré : May he grow Wealthy, as his Drink is g’ood /His Ale well tasted, and his Beer well-brew’d.

Petite excursion dans l’Ancien Monde brassicole anglais

Ward promène son lecteur à travers les rues de Londres. Au fil des rues et des quartiers, le poète pointe les meilleures tavernes réputées pour leur Mild Ale, leur Stale Ale, leur Half-and-Half et leur Stout Beer; quelques exemples parmi deux douzaines de types de bières mentionnés dans les pages des deux guides. La plupart d’entre elles demeurent inconnues de la plupart des buveurs et brasseurs d’aujourd’hui.

L’ouvrage est parsemé d’intrigantes gravures. Elles reproduisent les enseignes sous lesquelles les divers établissements faisaient commerce. Coopers-Arms, Bull-Head, King’s-Head, Swan, White Horse; voilà quelques exemples de noms d’établissements mentionnés et illustrés dans ces guides.

Gravures, enseignes et un étrange passe-temps…

Certaines gravures illustrent quelques divertissements de pub oubliés… tel que celui ayant lieu au Trotter’s, qui dans les mots du poète, librement traduits par moi-même : Où, jeunes et vieux, en échange de peu/peuvent, pour rafraichir l’esprit, trouver un passe-temps délicieux/le vif esprit d’un génie conçoit de recourir/à la pratique de l’équitation d’un volant destrier : l’ancêtre du taureau mécanique, sans nul doute, et une excellente manière de cuver sa bière, selon toute évidence!

Le Vade-Mecum et le Guide for Malt-Worms font parties des rares sources facilement accessibles concernant cette période de l’histoire brassicole britannique. Ils fournissent des témoignages et des indices extraordinaires sur la société, la culture et bien sûr… la bière du début du XVIIIe siècle. Pour ceux qui voudraient jeter un coup d’œil sur les deux bouquins, une édition numérique est disponible en ligne gratuitement.

Bonne lecture!

Références : Anomyme, A Vade-Mecum for Malt-Worms : or, a Guide to Good Fellows / A Guide for Malt-Worms, Londres, vers 1718-20, 56 p.

Voir : http://archive.org/details/vademecumformalt00warduoft

 

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