Chris Bauweraerts, fondateur de la brasserie La Chouffe et Luc Van Steene, neveu de Chris et directeur commercial de la brasserie Charlevoix.

En 1982, deux Belges décident de s’associer pour ouvrir une petite brasserie artisanale dans le minuscule village d’Achouffe situé dans les Ardennes belges au sud de la Belgique. Pierre Gobron et Christian Bauweraerts s’investissent tout bonnement dans ce hobby sans se douter qu’ils viennent d’écrire les premières lignes de la désormais célèbre «Chouffe story».

En seulement quelques années, la brasserie prend de l’expansion, sa bière phare, La Chouffe, se démarque et voyage sur de nouveaux continents et entraîne avec elle un engouement pour les nouvelles brasseries artisanales. Avec ses façons de faire, l’ajout de sa Mc Chouffe et plus tard sa Houblon Chouffe, la brasserie en influence d’autres et se taille une place importante au sein du monde brassicole.

De nombreuses anecdotes parsèment cette histoire incroyable aux pays des lutins, et si plusieurs questions demeurent, elles trouveront réponses dans le livre de Chris Bauweraerts qui sera publié sous peu. «My Chouffe story», magnifiquement illustré, sera prochainement disponible au Québec, mais d’ici là, nous avons eu la chance de rencontrer l’auteur au Gîte les Petits Brasseurs de Baie-Saint-Paul…

Comment La Chouffe est-elle née ?

«Pierre, mon associé, était amateur de bière et brassait dans le cadre de ses études en industrie alimentaire. Par pur plaisir, on a démarré une brasserie, on a simplement décidé de lancer ça comme ça», raconte M. Bauweraerts. «Au début, on voulait offrir une bière Tripel, mais suite aux conseils de Pierre Celis (créateur de la bière blanche belge), nous avons décidé d’y ajouter de la coriandre», poursuit celui qui au fil de cette aventure s’est lié d’amitié avec M. Celis.

«Chaque année, la production augmentait considérablement et la brasserie attirait de nombreux touristes dans la région. La bouteille de 750ml que nous utilisions provenait des hôtels avoisinants qui servaient tous un vin mousseux du Luxembourg», poursuit-il. La Brasserie d’Achouffe a d’ailleurs été la première à offrir aux touristes de visiter sa salle de brassage, une tendance qui s’est rapidement répandue.

Cinq ans après la création de La Chouffe, Chris et Pierre sont satisfaits de leur produit et décident d’en créer un nouveau. En hommage à un ami à la nationalité écossaise, ils décident de créer une bière inspirée des Doubles, à 8% d’alcool, à laquelle ils ajoutent du sucre candi comme le font les moines de Rochefort. La Mc Chouffe voit le jour.

La Chouffe et le Québec

Si La Chouffe est rapidement exportée aux Pays-Bas, c’est en 1989 qu’elle arrive au Québec, soit deux ans après que M. Bauweraerts ait commencé ses démarches auprès de la SAQ. «Deux amateurs de bières, Pierre Rajotte et Alain Fiset nous avaient demandé d’en exporter au Québec. Ils étaient des amis de Jérôme C. Denys qui a par la suite brassé nos bières dans sa Microbrasserie du Cheval Blanc de la rue Saint-Patrick avant de la vendre», explique le cofondateur. On raconte que plusieurs brasseurs maison du Québec ont «emprunté» les levures des bières pour faire leurs propres recettes…

En 1995, la brasserie est présente au festival Bières et Saveurs de Chambly et elle invite des Belges pour faire le service de sa bière pression dont le neveu de Chris, Luc Van Steene, qui tombe en amour avec le Québec. Luc travaille aujourd’hui pour la MicroBrasserie Charlevoix et a ouvert son Gîte les Petits Brasseurs dans la région.

C’est aussi à compter de 1995 que les bières de la brasserie sont brassées au Québec par la Microbrasserie du Cheval Blanc (qui deviendra Brasseurs RJ). Celles-ci sont rebaptisées la Blonde d’Achouffe et la Brune d’Achouffe afin de respecter l’entente avec la SAQ. M. Bauweraerts affirme que les recettes sont authentiques, mais que les versions québécoises ne sont pas refermentées en bouteille.

Nouveau défi

En 2006, M. Bauweraerts répond à une demande du marché américain en créant une bière belge plus houblonnée s’apparentant à la IPA. Il fait créer trois versions, houblonnées à différentes intensités, qu’il envoie aux Américains. «Les brasseurs chez nous me trouvaient un peu fou de leur faire faire une bière si amère, mais en fin de compte, nous avons dû amplifier l’amertume de nouveau pour obtenir le résultat désiré», indique-t-il visiblement fier de son «bébé». C’est avec raison puisque la Houblon Chouffe a finalement lancé la tendance des Double IPA Tripel à la belge.

Cette même année, Pierre Gobron et Chris Bauweraerts vendent la brasserie à Duvel-Moortgat qui assurera sa pérennité. M. Gobron se consacrera à des projets personnels alors que M. Bauweraerts reste dans l’entreprise à titre de consultant et administrateur.

Pour toutes les anecdotes entourant la brasserie et plusieurs images d’archives, ne manquez pas la sortie du livre «My Chouffe story» de Chris Bauweraerts distribué prochainement au Québec.