The Brewer’s Pride
La troupe du Lion d’Or, de gauche à droite; Terry Drew, Stephen Groves, Stan Sr Groves, Stanley Jr Groves et Keven Groves.
Stanley Jr. Groves est le fils ainé des Groves et également le maître-brasseur du Lion d’Or. Bien qu’il ne passe plus la majorité de son temps à manier le fourquet, il continue de faire l’élaboration des recettes et administre la brasserie familiale selon la vision établie en 1986. Depuis ses débuts en tant qu’un des premiers brasseurs artisanaux du Québec, Stan n’a jamais cessé de croire aux brasseries artisanales locales, ainsi qu’à la popularité des «session beers».
Depuis son jeune âge, Stanley Jr s’implique dans la brasserie familiale. Chaque matin, il passe au Lion d’Or pour faire un peu de ménage avant d’aller à l’école. Il déménage éventuellement à Edmonton pour travailler. Mais en 1982, une brasserie ouvre ses portes en Colombie-Britannique et une opportunité à la fois inespérée et farfelue se présente à lui : brasser lui-même sa propre bière dans la brasserie familiale de Lennoxville. Mais par où commencer?
 Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?
J’avais trouvé une publicité de cours de brassage dans un magazine et j’ai décidé d’approfondir le tout. Finalement, comme nous avions un pub anglais et que j’adore la bière anglaise, il était préférable d’aller apprendre à la brasser là -bas. À l’époque, Peter Austin, un ancien maître-brasseur de Bass, venait de lancer une petite brasserie, Ringwood Brewery, qui allait grandement influencer l’industrie brassicole anglaise et le mouvement Campaign for Real Ale (CAMRA). C’est dans sa brasserie que j’ai fait mon apprentissage.
La première bière que vous avez brassée ?
J’ai brassé des bières en Angleterre lors de ma formation, mais c’était uniquement les recettes de la brasserie et nous n’avions pas l’occasion de faire nos propres expérimentations. Ma première recette originale est donc la Lion’s Pride que j’ai brassée au pub de Lennoxville en m’inspirant de la Fuller’s London Pride, l’une de mes favorites.
La bière dont vous êtes le plus fier ?
C’est également la Lion’s Pride car c’est la première que j’ai brassée, mais c’est aussi celle qui correspond le plus à ce que je souhaitais brasser. C’est la bière que je bois régulièrement, même 26 ans plus tard, c’est celle que je préfère.
Votre style de bière préféré ? [À brasser et à boire]
J’adore boire des bières anglaises, particulièrement les «session beers». Mild Bitters, IPA, Brown Ale, ce sont des styles qui me rejoignent parfaitement. Quand je voyage, je goûte à des produits d’un peu partout à travers le monde et bien que j’apprécie la majorité d’entre eux, c’est quand j’arrive en Angleterre que je tombe sur celles qui me plaisent le plus.
Pour le brassage, c’est également les bières anglaises, puisqu’elles ne nécessitent pas trop d’attente, contrairement aux Lagers, et c’est aussi plus facile d’ajuster les flaveurs. Les Lagers sont plus subtiles alors que les bières anglaises offrent plus de flaveurs, mais sont également très rafraîchissantes.
Votre ingrédient préféré ?
Les houblons. Plus précisément, le Chinook pour une variété plus riche en acide alpha et le Cascade pour une moins amère mettant en vedette un bouquet floral. Ce sont mes deux favoris. J’aime bien essayer les différentes sortes qui ne cessent d’apparaître, mais je reviens toujours à ces deux-là . Il faut dire que dès que l’on fait un changement de houblon sur nos recettes, les clients s’en aperçoivent et nous en font part. On est coincé avec le houblon initialement choisi…
Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?
McAuslan et Boréale. McAuslan parce qu’ils offrent une belle variété de bières d’influence anglaise, leurs produits sont toujours réussis et la brasserie est restée fidèle à son image. Dans le cas de Boréale, c’est notamment pour leur Rousse et leur Noire, des «session beers» qui ont passé l’épreuve du temps et qui sont toujours aussi bonnes. J’aime également Brutopia pour ses bières aux fruits et ses bières anglaises.
Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?
C’est une bière de Jérôme C. Denys du Cheval Blanc, la Coup de Grisou. À l’époque, elle repoussait les limites de ce qui se faisait dans le monde du brassage. Elle était considérée comme une bière de style belge, mais je pense que les Belges n’auraient pas été d’accord… C’était tellement à l’avant-garde. Jérôme était vraiment en avance sur son temps.
Vos impressions sur la bière au Québec…
Je pense que le Québec est en avance sur les autres provinces canadiennes. Nous sommes là depuis le début des microbrasseries et c’est triste de voir certaines des pionnières disparaître, mais les nouvelles microbrasseries offrent tellement plus de diversité maintenant. Il y en a toujours de nouvelles qui s’ajoutent et qui sait ce qu’elles offriront de différent; elles sont tellement aventureuses et c’est exactement ce que les consommateurs veulent. Je pense que les Québécois sont plus enclins à essayer de nouvelles choses et à supporter leurs brasseries ou entreprises locales. En raison des consommateurs, les brasseries peuvent se permettre d’être créatives et de continuer de grossir. Chapeaux aux buveurs de bières artisanales québécois!
Qu’est-ce que ça prend pour créer un style québécois ?
À l’époque, certaines brasseries d’ici utilisaient des plantes aborigènes parce que les houblons étaient très rares et trop dispendieux. La Silver Spring Brewery à Sherbrooke utilisait notamment des orties – «Stinging nettles» – qui poussaient un peu partout dans la région. Je pense qu’aujourd’hui toutes les brasseries font des trucs uniques et je ne suis pas sûr que revenir dans le temps pour reprendre d’anciens ingrédients soit une façon de créer un style québécois. J’adore essayer de vieux trucs ou des ingrédients autrefois utilisés, mais lorsque nous avons essayé les orties, oui c’était unique, mais à la fois mauvais…
Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?
«Hopefully, just the same». Nous aimerions avoir plus de production pour pouvoir vendre nos produits dans de nouveaux marchés, mais nous ne voulons pas agrandir la brasserie. Notre première vision était de devenir une brasserie locale originale et nous ne voulons pas changer cela. Lorsqu’on visite une région, on devrait découvrir son pain, son vin et sa bière. Des brasseries dans toutes les régions du Québec, voilà ce que je souhaite à cette industrie. De notre côté, comme nous entrons dans notre 26e année de brassage, il y aura sûrement un produit spécial pour souligner nos 25 ans. Peut-être un produit saisonnier pour le temps des Fêtes, quelque chose comme Thomas Hardy’s Barley Wine par exemple, mais moins élevée en alcool…
Mot de la fin…
«To your health, see you at the beer festival!»
