Alex Ganivet-Boileau a suivi un parcours un peu étrange. Tout jeune, il était voué à œuvrer dans le milieu de la , pourtant, il a mis un certain temps avant de se consacrer au brassage. Lorsqu’il prend conscience de son désir d’en faire un métier, les étapes s’enchaînent promptement et en peu de temps, il devient maître brasseur de l’une des brasseries québécoises les plus réputées pour ses produits de dégustation.

Alex a grandi à Chambly où il a passé la majeure partie de sa jeunesse. Baignant dans les débuts de l’aventure Unibroue, il a rapidement découvert les bières de dégustation. Son parrain étant propriétaire du Grand Duc, un des premiers dépanneurs spécialisés, il a vite adopté les bières plus goûteuses de microbrasseries.

Comment avez-vous commencé à brasser de la bière ?

J’étais rédacteur en chef d’un journal au cégep et j’y écrivais des chroniques de bières cocasses. J’aimais la bière et je voulais faire carrière en journalisme; j’ai tout de suite sauté sur l’occasion d’écrire dans le journal Le Sous-Verre, c’était vers la fin 2005. Lors d’un reportage pour le journal, j’ai rencontré Jonathan Lafortune qui brassait pour 3M et il m’a offert de revenir à l’occasion pour assister au brassage.

J’ai éventuellement déménagé à Québec avec une amie, puis j’ai trouvé un emploi de brasseur à l’Orgerie, une boutique qui vendait des moûts de bière fraîchement brassés. Mes huit mois là-bas m’ont permis de me familiariser avec les différentes sortes de grains, surtout qu’à l’époque, on utilisait déjà les malts de Frontenac.

J’ai par la suite fait un stage de brasseur d’un mois et demi en Alsace à la Uberach avant de faire le tour de l’Europe brassicole et de revenir au Québec pour travailler comme serveur chez . Finalement, à l’été 2008, j’ai commencé à travailler comme assistant-brasseur pour 3M, puis comme maître brasseur en septembre 2009 quand Jonathan est devenu président de la .

La première bière que vous avez brassée ?

Comme plusieurs, j’ai commencé à la maison avec un concentré, une Nut Brown , et j’ai tout de suite su que je devais brasser tout grain pour obtenir plus de saveurs. Je me suis donc équipé et j’ai brassé une qui était réussie, quoiqu’un peu trop sèche. Chez 3M, la première recette que j’ai travaillée est la Porter Baltique et j’ai aussi fait l’adaptation des produits aux malts de Frontenac et MaltBroue.

La bière dont vous êtes le plus fier ?

La Porter Baltique puisqu’elle se démarque beaucoup des autres produits. J’y ai fait des petits changements de concert avec Jonathan et c’est plaisant, car la bière reste très réputée, elle a fait la renommée de la série Grande Cuvée de la brasserie. Il y a aussi la Weizen Imperial, elle était plus forte en alcool et l’on a choisi de descendre le pourcentage un peu et de mettre l’accent sur les , ça s’est avéré précurseur, on retrouve maintenant quelques Weizen houblonnées ici et là.

Votre style de bière préféré ? [À brasser et à boire]

J’adore brasser la Doppelbock en raison de l’intense odeur de malt caramélisé qui envahit la brasserie et qui reste imprégnée sur les vêtements, c’est très agréable et stimulant. J’aime également brasser des Lager blondes parce que ça représente un réel défi; la moindre erreur devient très perceptible en raison du type de bière.

J’adore aussi boire des Lager désaltérantes, bien houblonnées, sèches, et pas trop fortes en alcool. Pour une expérience de dégustation cependant, j’opte pour les bières plus foncées, comme la Barley Wine, qui offre beaucoup de saveurs bien balancées.

Votre ingrédient préféré ?

Le malt fumé au bois de cerisier. C’est celui qu’on utilise dans la Porter Baltique, il apporte un caractère différent que j’apprécie beaucoup. J’ajouterais également les malts québécois; ils nécessitent de l’adaptation et nous forcent à travailler différemment pour nous ajuster, j’aime bien cela.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement ?

Le Trou du Diable, les gars sont sympathiques, ils font des produits différents et sans compromis. Le Cheval Blanc, ils font beaucoup de trucs différents et sont toujours à l’avant-garde de ce qu’il se fait dans le milieu. Charlevoix, ce sont des gens vraiment agréables, ils sont toujours prêts à collaborer et à aider les autres. Il y en a encore plusieurs que je pourrais nommer… Brouhaha, Benelux, etc.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser ?

La Buteuse Brassin , elle a une personnalité forte et beaucoup d’effort a été mis dans la création du produit; beaucoup de recherche pour l’utilisation des levures sauvages, des fûts de brandy de pomme de la cidrerie Michel Jodoin, etc. Pour moi, c’est vraiment une élaboration de calibre international.

Vos impressions sur la bière au Québec…

Créativité. Il y a un gros engouement pour les nouveautés, les gens veulent toujours des nouveaux produits, il faudrait que le marché mature et que les produits se stabilisent. Il y a beaucoup de nouvelles brasseries, certaines plus ou moins expérimentées, et cela pourrait saturer le marché. Je n’ai rien contre les nouveaux projets, mais je les encourage à faire leurs expériences avant et surtout à être créatifs et à trouver un créneau qui leur est propre.

Qu’est-ce que ça prend pour créer un style québécois ?

Le projet Annedd’ale, c’est un beau projet et une très bonne idée, mais c’est un peu «folklorique»; je ne pense pas que l’avenir de la bière québécoise passe par la création d’un style. Certes, c’est un projet historique intéressant, mais pour moi l’aspect identitaire passe davantage par l’utilisation des ingrédients d’ici. Il ne faut pas mettre tous nos efforts sur un style.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie ?

Éventuellement, peut-être pendant l’été, on ouvrira le salon de dégustation avec des produits exclusifs en petite quantité. Des produits en fûts de chêne et houblonnés à cru qui seront disponibles dans différents événements, des bières servies en avec différentes levures pour les festivals.

Mot de la fin…

J’ai la chance de faire un métier formidable qui m’inspire et, chaque jour, je découvre de nouvelles choses. Longue vie aux brasseries artisanales, on peut être fier des choses réalisées en 25 ans. Je suis vraiment choyé de faire partie de ce milieu.

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