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Black Francis, le voleur de grand chemin

Grand classique de la culture brassicole irlandaise, le Stout est une bière noire au collet onctueux d’où émanent des saveurs de café, de chocolat et de grains torréfiés. La version de la brasserie Hopfenstark, la Black Francis, n’y fait pas exception. Même son nom s’imprègne de la tradition irlandaise…

Black Francis n’est-il pas le chanteur du groupe américain the Pixies qui a redéfini la musique rock des décennies 80 et 90? En effet, mais le chanteur avait simplement adopté ce nom inspiré de son père qui le réservait au cas où il aurait un autre enfant. Quelle est donc la véritable origine du nom?

«En réalité, la bière Black Francis découle d’une des nombreuses légendes de héros hors la loi irlandais. À l’époque, les brigades irlandaises étaient envoyées au combat contre les Français, au nom de l’Angleterre. Black Francis et son régiment refusèrent et partirent en direction des montagnes. Ils devinrent voleurs «gentlemen» de grand chemin, volant aux riches et donnant aux pauvres.»

Après la colonisation de l’Irlande par l’Angleterre, de nombreuses histoires de héros hors la loi ont vu le jour. Ainsi, le peuple irlandais pouvait savourer de brèves victoires, certaines issues de l’imaginaire collectif d’autres inspirées de faits vécus.

En décembre 2006, alors que Frédéric Cormier ouvre les portes de Hopfenstark, sa microbrasserie de l’Assomption, il doit trouver un nom pour son Stout irlandais. «Je cherche toujours à créer un lien entre le style et l’histoire. J’aime aussi opter pour quelque chose de méconnu, question de faire de la bière un véhicule d’information», explique-t-il.

«J’avais un livre de légendes et héros irlandais, puis je suis tombé sur Black Francis. Tout de suite, le nom m’a interpellé puisque j’étais un gros fan des Pixies, puis j’ai découvert son histoire, c’était exactement ce que je voulais», poursuit-il. Le brasseur a un penchant pour les histoires sociales, notamment celle qui prône équité et partage de la richesse. Un révolutionnaire dans l’âme…

Black Francis McHugh alias Prionsias Dubh

Black Francis était un célèbre «Rapparee» en Irlande dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Il combattait avec les jacobites contre les envahisseurs étrangers. Révolutionnaire, il était en quelque sorte le Robin des Bois de l’époque.

Dans certains récits, légendes et poèmes irlandais, on raconte quelques-uns des plus percutants délits de Black Francis et sa bande. Notamment la fois où Francis vole 70 000 «gold sovereigns» aux soldats britanniques affectueusement appelés «Red Coats».

Pourchassé par les soldats sur la route de Killeter à Killen, Francis comprend que son butin est simplement trop lourd pour lui permettre de se sauver. À Leitrim Hill, il aperçoit une carcasse de poulain dans laquelle il cache son magot avant de prendre la fuite. Selon la légende, le trésor y serait toujours, enfui à l’endroit où pointent les derniers rayons au coucher du soleil tous les 22 juin.

On raconte également que Black Francis était très rusé et qu’il préférait utiliser son intelligence plutôt que les armes. Lors d’une autre poursuite, il entre dans un petit village et se réfugie dans l’une des premières maisons. Convaincus de l’avoir pris au piège, les Red Coats l’attendent patiemment devant la porte. À l’époque, les maisons n’avaient qu’une porte d’entrée, mais celle que Francis avait choisie était plus avant-gardiste… Quand les Red Coats réalisent que la maison possède une porte arrière, Francis est déjà parti depuis un bon moment.

Toute bonne chose à une fin…

Comme plusieurs héros révolutionnaires, c’est par trahison que Francis se fait finalement capturer. Après avoir miraculeusement échappé à une embuscade, il trouve refuge chez un homme qu’il paye généreusement pour son hospitalité. Contre toute attente, l’hôte le dénonce néanmoins quelques heures plus tard.

Mais Francis est si apprécié par la population que lors de son procès, plusieurs témoins demandent qu’il soit gracié en raison de son comportement plus qu’honorable lorsqu’il commet ses crimes. Le jury le condamne en vain.

Condamné à la pendaison à la prison d’Enniskillen, Black Francis profite de son privilège de dernières paroles pour offrir un long discours à la foule rassemblée pour son exécution. Exaspéré, le bourreau l’arrête et lui demande de conclure. Francis lui répond alors : «C’est peut-être une longue journée pour vous, mais pour moi, elle est très courte», avant de poursuivre son adresse.

Son corps a par la suite été transporté par bateau à travers le Loch Erne, puis enterré au Cam Graveyard dans le village de Pettigo. Sa pierre tombale ne porte aucune inscription…

 

 

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