Évaluer les effets santé d’un aliment passe à la fois par les études épidémiologiques et par les études in vivo, sur l’animal ou en essais cliniques chez l’humain. Comme nous avons pu le constater, les études épidémiologiques (analyse comparée des bilans de santé et des habitudes de vie) ne sont pas vraiment concluantes pour ce qui est de l’effet de la sur la santé. Il reste donc les études in vivo ou on soumet des animaux ou des volontaires à la prise de contrôlée (et ou on peut comparer à un groupe similaire ne prenant pas de ) tout en évaluant leur état de santé.

Commençons donc avec les études chez l’animal. Quand on donne de la bière à des rats, on peut observer une augmentation des capacités antioxydantes du sang. En plus de cet effet, on observe des modifications au niveau des lipides (les gras) du sang. Ces modifications vont dans le sens d’une diminution des risques de maladies cardio-vasculaires1. Est-ce un effet de la bière ou de l’alcool? Pour le savoir, de la bière administrée à des hamsters en comparaison avec une administration équivalente d’alcool. La bière a un effet hypocholestérolémiant comparé à une administration d’alcool seul, sans effet sur la prise de poids ni sur le taux de cholestérol HDL (« bon cholestérol »). Le taux de triglycérides est également plus bas chez les hamsters ayant consommé de la bière. Le potentiel de développement d’athérosclérose a déterminé par la quantité de cellules de type « foam cells » couvrant les artères. Ce potentiel est diminué significativement chez les hamsters consommant de la bière quand ils sont comparés à ceux consommant de l’alcool seul2.

L’autre façon de savoir si l’effet de la bière est lié à celui de l’alcool est d’éliminer l’alcool. Pour ça, des chercheurs ont utilisés des extraits secs de bière. Des travaux sur les rats montrent une diminution du cholestérol total, des triglycérides et des peroxydes lipidiques du sérum des rats dont la diète est enrichie d’extraits secs de bière et de rouge, comparés à ceux supplémentés en extrait de blanc (supplémentation équivalente à 6 ml pour la bière et 2 ml pour le ). Les travaux démontrent également une augmentation du ratio HDL/cholestérol total. La même équipe a comparé des rats supplémentés en extraits secs de bière et de rouge à des rats recevant l’équivalent liquide. Aucune différence n’a été trouvée entre les groupes supplémentés en l’un ou l’autre des breuvages et sa contrepartie séchée, ce qui suggère un effet de l’extrait sec plutôt que de l’alcool3.

Un extrait de bière lyophilisé (séché par deshydratation à froid) riche en antioxydant administré à des rats hypertendus ou non n’a pas montré d’effet sur la pression artérielle ni le rythme cardiaque des rats traités. Par contre, les auteurs ont montré une inhibition d’un système de régulation cérébral qui est en général associé à une élévation de la pression artérielle. Le gain de poids était également réduit pour les rats supplémentés en extrait de bière lyophilisé4. Nous reviendrons sur les liens entre la bière et la prise de poids dans un article ultérieur.

Au niveau du cancer, plusieurs études ont été réalisées en administrant de la bière ou des extraits secs de bière à des animaux soumis à des produits induisant le développement de cancers. En 2003, une équipe du Japon a montré un effet protecteur de la bière, de l’extrait sec de bière ou d’un extrait de sur la carcinogenèse au niveau du colon induite par l’azoxyméthane. L’ensemble des études réalisées donne un portait intéressant de l’effet vraisemblablement protecteur de la bière ou de ses extraits secs sur le développement de tumeurs induites chimiquement. Un effet a aussi été observé au niveau du foie des rats qui conduit à une detoxification accrue et à l’inhibition d’un composé reconnu pour activer certaines molécules cancérigènes5.

Il semble donc que la bière peut agir de façon bénéfique pour contrer le développement des maladies cardio-vasculaires et pourrait avoir des effets bénéfiques pour protéger contre le développement de cancers. Du moins chez l’animal. Et chez l’homme? C’est ce que nous verrons dans le prochain article.

 

1 : Gasowski B., Leontowicz M., Leontowicz H., Katrich E., Lojek A., Ciz M., Trakhtenberg S. et Gorinstein S., 2004, The influence of beer with different antioxidant potential on plasma lipids, plasma antioxidant capacity, and bile excretion of rat fed cholesterol-containing and cholesterol-free diets, Journal of Nutritional Biochemistry, 15, 527-533.

2: Vinson J.A., Mandarano M., Hirst M., Trevithick J.R. at Bose P., 2003, Phenol antioxidant quantity and quality in foods: Beers and the effect of two types of beer on an animal model of atherosclerosis, Journal of Agricultural and Food Chemistry, 51, 5528-5533.

3: Gorinstein S., Zemser M., Weisz M., Halevy S., Martin-Belloso O. et Trakhtenberg S., 1998b, The influence of alcohol-containing and alcohol-free beverages on lipid levels and lipidperoxides in serum of rats, Journal of Nutritional Biochemistry, 9, 682-686.

4: Jastrzebski Z., Gorinstein S., Czyzewska-Szafran H., Leontowicz H., Leontowicz M., Trakhtenberg S. et Remiszewska M., 2007, The effect of short-term lyophilized beer consumption on established hypertension in rats, Food and Chemical Toxicology, 45, 296-302.

5: Nozawa H. et Kondo K., 2009, Beer inhibition of heterocyclic amines-induced carcinogenesis, in: Beer in health and disease prevention, Preedy V.R. Editor, Academic Press, Burlington, MA, U.S.A., pp643-650.

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